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DESTINS DE STARS : Michael Jackson derrière le masque - Célébrités - Lieux célèbres - Personnages historiques. Actualité.

BERNIE MADOFF, «L'ESCROC DU SIÈCLE» Partie 1

BERNIE MADOFF, «L'ESCROC DU SIÈCLE» Partie 1

C'est le 29 avril 1938 que naît Bernard Madoff, appelé à devenir un jour le plus monumental escroc de l'histoire, celui qui a ruiné des millionnaires aux quatre coins du monde et aussi des «petits». Une foule de petits. Madoff est à sa manière un génie universel, mais un génie du mal. Il symbolise à lui seul la face noire de la globalisation financière.

Qui est Bernard Madoff ? Bernie Lawrence Madoff est né dans le Queens, à New-York, dans une famille d'émigrants juifs d'Europe de l'Est dont les valeurs sont aux antipodes de celles que manifestera Bernie plus tard : Le travail acharné, l'honnêteté scrupuleuse, la famille. Des valeurs qui fleurent bon l'Amérique des émigrants. Ralph, le père, est plombier. Un plombier diligent et habile qui n'hésite pas (déjà) à se mêler de finance et à ouvrir une société de courtage avec sa femme, Sylvia. L'affaire hélas tourne court, et bientôt il lui faut fermer boutique, car il a oublié de déclarer son bilan selon l'obligation imposée par la loi.

Madoff et son épouse Ruth Alpern

Bernie grandit comme un môme parfaitement équilibré et fait ses études dans un excellent collège de quartier. C'est là qu'il rencontre Ruth Alpern, une blonde canon dont il fera sa femme et qui lui donnera deux fils, Mark et Andrew.

Mais nous n'en sommes encore par là. Pour l'heure, il étudie toujours à l'université d'Alabama, où il obtient sa licence en 1960 avant de tenter un troisième cycle de droit qu'il n'achève pas. Bref Bernie Madoff, le futur génie de l'escroquerie, est un étudiant certes appliqué mais quelconque.

On oublie souvent que le brio n'est pas la seule qualité pour réussir : Il y faut aussi le caractère. Or, Bernie à du caractère. Il a décidé de s'en sortir, ce qui, en langage américain, veut dire gagner de l'argent. En 1960, il se jette dans le bain avec les 5 000 dollars gagnés à la force du poignet dans des jobs d'été et fonde son affaire : une société de courtage, comme celle qu'avait montée son père, la Madoff Securities, qu'il conduit avec entrain et un certain talent au milieu d'une concurrence féroce.

Notre Bernie est aussi doté d'un atout qui dans ce monde de requins de la finance a valeur de diamant : La chance ! La chance, pour l'heure, c'est son beau-père Saul, comptable ayant pignon sur rue et dont l'agenda est farci de noms de clients très sérieux. «Qui adore sa fille épaule forcément le gendre» est une règle tacite dans ces familles juives. Le jeune courtier commence à flamber dans les affaires. Il possède encore un autre atout : c'est un vendeur né. Ce métier là ne s'apprend pas à l'université : on a le truc ou on ne l'a pas ! Or, Bernie l'a. C'est un don quasi charnel. Il sait vendre. Dans ses gènes est logé un petit quelque chose qui lui permet de persuader ses clients.

Et puis, très jeune, il manifeste déjà des éclairs de génie. Tenez, comme celui-là : cela s'appelle l'«automatisation des échanges» ! Jusqu'alors, sans des traders qui exécutent les ordres, pas d'échange de titres ! or, ce qui ne plaît guère à Bernie là-dedans, c'est que c'est lent, beaucoup trop lent comparé à la rapidité vertigineuse de la fluctuation du prix d'une action. Si on ne va pas très vite, on peut encaisser de lourdes pertes. Alors Bernie Madoff songe : pourquoi user les nerfs des traders et endurer leur relative lenteur si l'informatique peut tout faire à leur place? Moins de personnel, plus grande rapidité sont les deux mamelles de la réussite en affaires. Son raisonnement lui vaut un triomphe...encore modeste, mais tout de même un triomphe. 

Madoff devient le prince des petites sociétés de courtage. Rien d'étonnant dès lors à ce qu'il se retrouve en 1971 parmi les fondateurs de Nasdaq, qui ne vise à rien de moins qu'à concurrencer et peut-être déboulonner la Bourse de New-York ! Certes, le Nasdaq n'y parvient pas, mais il devient tout de même le plus grand marché électronique d'action dans le monde. Et ce, à la vitesse de l'éclair. 

En 1980, Bernie Madoff est l'un des courtiers majeurs à l'échelle américaine ; un prince de la Bourse de New-york, puisqu'il «pèse» 15% de toutes ses transactions. Sa réussite est un véritable prodige. D'autant qu'il ne lui aura fallu que quinze années pour en arriver là ! Les vieilles société de courtage «historiques», des maisons qui ont gagné leurs titres de noblesse sur quatre ou cinq générations, rient jaune. De 1990 à 1993, voilà Bernie Madoff devenu directeur du Nasdaq. C'est la gloire. En 2000, sa société pèse déjà 300 millions de dollars. En 2002, on lui en offre 1 milliard s'il veut bien la vendre....

Si Bernie s'était contenté de ce succès formidable, il est probable qu'il aurait laissé son nom dans les annales de la finance comme celui d'un financier intelligent et habile - pas comme celui d'un escroc de haute volée. Peut-être même aurait-il gagné encore plus d'argent en poursuivant dans cette voie légale plutôt qu'en basculant du mauvais côté, celui de l'escroquerie et de l'imposture...Le courtage de valeurs est une chose. Autre chose est le conseil en investissements et en gestion de biens financiers. Là, nous entrons dans la caverne de Platon, et les ombres qui glissent sur ses parois sont inquiétantes. Alors que les bureaux de Madoff s'occupant de courtage sont une ruche officielle ouverte à tous les grands vents de la finance, les bureaux de la gestion Madoff sont réservés, c'est à dire, en dehors de Bernie, à Peter son frère, et aux deux fils de Bernie, Mark et Andrew. 

BERNIE MADOFF, «L'ESCROC DU SIÈCLE» Partie 1
Avellino & Bienes

Tout commence dans les années 1960, donc au tout début des «affaires Madoff», quand deux amis à lui, Frank Avellino et Michael Biennes, lèvent des fonds dans l'entourage d'amis pour les investir dans sa société, Madoff Securities. Il faut préciser qu'Avellino et Biennes, loin d'être des seconds couteaux, sont eux aussi des ténors qui réussissent à garantir durant des années entre  14 et 20 % de performances à leurs déposants ! Quand ces deux là cessent leur fructueux commerce, en 1992, contraints et forcés par la justice, qui finit par y mettre son nez, les fonds qu'ils ont drainés seront intégralement remboursés à leurs clients.

En fait, s'il s'appuie sur des gens comme Avellino et Biennes, c'est que Bernie ne gère pas l'argent directement : il conseille indirectement. Entre lui et les clients, il se trouve des gestionnaires. Bref, chez Madoff le «conseiller», les rendements sont de l'ordre de 18 à 20%. C'est dire si la clientèle afflue au portillon. Le «conseiller» Madoff a pu dans le secret le plus absolu et bien caché derrière des société écran faire perdurer ses activités des décennies durant sans que personne n'y jette un regard. Pourtant, les hauts professionnels de la finance sont perplexes, et cela assez tôt - d'autant plus perplexes qu'eux-mêmes n'arrivent pas avec toute leur science à produire de tels rendements ! Les doutes et suspicions perdurent de longues années sur le «système Madoff», mais ni les clients ni les autorités financières ne s'en émeuvent. Peut-être qu'au fond ce Madoff est un pur génie, voilà tout.....

Le premier personnage qui décide de faire tomber Madoff s'appelle Harry Markopolos.

Harry Markopolos

C'est un spécialiste reconnu par ce type de placement. Il en fait son affaire personnelle à partir de 1999 et il n'hésite pas à dénoncer Madoff aux autorités financières américaines. Celles-ci enquêtent mais ne trouvent que des broutilles de gestion, pas de quoi chercher véritablement noise au bonhomme. Son dossier est blanchi, alors que Bernie à cette époque, au travers de quinze clients «officiels» et une foule d'«officieux», gère déjà la bagatelle de 17 milliards de dollars... Il y aura bien une ribambelle d'autres enquêtes, d'autres audits, mais Madoff passe toujours entre les gouttes ; il en ira ainsi jusqu'en 2008. Si la crise financière n'était pas survenue, il est fort probable que Madoff serait resté impuni. 

La «tuile» qui va faire s'écrouler Madoff, à partir de l'été 2007, est en réalité la succession d’événements désastreux qui s'ouvre avec la crise des subprimes. On s'en souvient, il ne faudra alors pas plus de un an pour que les marchés financiers de la planète s'écroulent. Les banques resserrent les boulons, tandis que les sociétés d'investissements commencent à souffrir de demandes croissantes de remboursements de fonds. La chute de la banque Lehman Brothers constitue l'acmé du désastre et déclenche une panique chez les investisseurs internationaux. Madoff, comme beaucoup d'autres, est aux abois : on lui demande en un temps record de rembourser 7 milliards de dollars ! Il sait alors qu'il est fini. Il avoue sa fraude à sa famille et à ses amis. Ce sont ses propres fils qui le dénoncent aux autorités. Bilan de l'escroquerie : 68 milliards de dollars ! Du jamais vu....

BERNIE MADOFF, «L'ESCROC DU SIÈCLE» Partie 1

Y a-t-il eu une réelle intention coupable ? Bernie s'en défend en prétendant qu'il a toujours été dans son idée de rembourser ses clients, et que seule la honte d'avouer ses pertes l'a conduit à remettre sans cesse au lendemain les remboursements parce qu'il espérait toujours se refaire - Une Logique typique des grands joueurs ! - Peut-être, mais d'un autre côté, sa manière d'agir depuis le début ne plaide pas en sa faveur : le secret dont il s'entoure est le signe au contraire d'une formidable volonté de dissimulation. Certes, Bernie est richissime, et depuis fort longtemps ; il pourrait sans dommage pour son train de vie interrompre son activité de conseil tant qu'il est encore temps. Qu'il ne l'est pas fait est suspect, et son intention criminelle n'est dès lors pas niable. D'autant que sa fraude n'est pas récente : selon toute vraisemblance, elle aura duré pas moins de quarante ans avant la survenue de la débâcle. 

Charles Ponzi

Ce qui est fascinant avec Madoff, c'est moins la nature du délit, l'escroquerie, que la manière incroyable avec laquelle il la construit. La méthode de Madoff est bien connue des spécialistes de la science criminelle. Elle porte même un nom, la «chaine de Ponzi», du nom de Charles Ponzi, l'escroc «fondateur» qui a inventé ce coup en 1921.

De quoi s'agit-il ? En fait, on promet aux investisseurs des profits juteux mais totalement fictifs qui sont payés par l'argent des nouveaux capitaux qui entrent. Et ainsi de suite. En réalité, l'argent ne travaille pas : on se contente de le faire circuler. C'est un processus en cavalerie qui réclame toujours davantage d'investisseurs.

Ce système a donc une faille : si les capitaux entrants viennent à manquer et ne peuvent plus couvrir la charge des bénéfices à verser, la fraude éclate fatalement. Bien sûr, c'est un système à hauts profits ...pour ceux qui auront eu la chance d'être remboursés avant qu'il ne s'effondre : car l'ordre - ou plutôt le désordre - économique fait qu'un jour ou l'autre les nouveaux investisseurs, en raison de facteurs divers, se font plus rares. Les derniers contributeurs à sortir du système ne pourront pas percevoir les plus-values prévues, ni même être remboursés. Madoff se dit alors que, avec des profits mesurés à redistribuer, il réduit le risque : à 10 ou 12 % de rapport, ce qui est déjà attrayant, on peut en effet tenir le coup assez longtemps avec un tel système. Pour Madoff, la fraude durera quarante ans ! Sans la débâcle de 2008, il aurait pu fonctionner peut-être dix années de plus et même davantage...

En réalité, dans ce type d'escroquerie comme dans d'autres, le succès de l'escroc repose sur sa capacité à persuader, à créer un climat de sécurité. 

Or, Bernie s'y entend à merveille en la matière. Il lui faut inspirer une confiance sans faille, et naturellement être sans scrupule. Dans les deux cas, Bernie Madoff est un maître ! En apparence, c'est un modeste. Qu'on attende pas de lui une autorité de type autocratique ou un style flamboyant....Tout au contraire, il est certes charmant, mais plutôt réservé. Il n'impose ni n'écrase. C'est un gars bien, d'apparence droite, correct sous tous rapports. Pas du tout du genre «m'as-tu vu»....

Personne ne devine qu'il aime l'argent. Passionnément. Plus que tout. Il est par-dessus le marché un bon et fidèle mari - cela compte beaucoup en Amérique. Il est aussi un bon père. Certes, il achète des propriétés. Beaucoup. Mais cela ne saurait choquer au pays de l'argent roi : qu'il s'offre un duplex new-yorkais à 3 millions de dollars semble naturel et guère ostentatoire pour quelqu'un qui réussit à ce point dans la finance. Les propriétés un peu partout dans le monde, le yacht de 17 mètres, quoi de plus normal ! Cela reste après tout en deçà du train de vie des grands magnats. Rien ne sera jamais ostentatoire dans l'existence de Bernie Madoff. 

Ajoutons qu'il est fin, délicat dans les contacts humains et se montre d'une politesse extrême. Bref, qui n'aurait pas confiance en lui ? Par dessus le marché, il est philanthrope et crée une fondation pour hôpitaux nantie de plusieurs dizaines de millions de dollars, puis une seconde fondation pour aider la recherche sur le cancer. bref, ce monsieur est un type bien. Vraiment bien. Qui oserait en douter ? 

A suivre ....

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