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DESTINS DE STARS : Michael Jackson derrière le masque - Célébrités - Lieux célèbres - Personnages historiques. Actualité.

BERNIE MADOFF, «L'ESCROC DU SIÈCLE» Partie 2

BERNIE MADOFF, «L'ESCROC DU SIÈCLE» Partie 2

Si en tant qu'homme, Bernard Madoff est en apparence au-dessus de tout soupçon, comme vendeur, il est incomparable. Génial même. Pourquoi ? C'est simple : Bernie sait se faire désirer - ce qui est le must pour un vendeur ! - Un investisseur est-il désireux de devenir client de Madoff ? Souhaite-t-il le rencontrer en personne ? Il devra patienter ...Pas seulement quelques jours ou quelques semaines, mais plusieurs mois voire des années ! N'entre pas qui veut dans le bureau de Bernie ! Bientôt, tous ceux qui n'ont pas accès au saint des saints jalouseront les membres du club ulra-fermé des investisseurs personnels de Bernard Madoff. On devine l'envie passionnelle que cette attente dans l'antichambre du roi Madoff peut susciter. Tous les gens n'ont plus qu'une seule idée en tête : devenir clients de Madoff, un point c'est tout. 

Et quand il est face à un client, Bernie n'explique rien ; strictement rien. Qu'on ne lui demande pas son secret....On ne l'obtiendrait pas. C'est ainsi. On a foi en lui ou on ne l'a pas. Si on a foi en lui, nulle explication n'est requise. Impossible d'être Saint Thomas face à Bernie Madoff : ce dernier ne tolère que la foi du charbonnier. Ou celle des saintes femmes de l'Évangile devant Jésus. Que le client soit un particulier ou une grande  banque, le traitement est le même et se résume au respect d'un sacro-saint principe : MOTUS ET BOUCHE COUSUE. C'est avec ce secret, doublé d'un léger sourire à la commissure de ses lèvres minces, que Madoff roule les autres. 

Il trompe tout le monde : sa femme, ses enfants, sa famille, ses amis, la Terre Entière. Croyez-vous qu'il en soit pour autant ému, ou qu'il verse des larmes - de crocodiles ou sincères - une fois son forfait démasqué devant toutes ces dépressions, ces suicides que son inqualifiable conduite provoque ? En aucune façon. Non, Madoff ne montre pas la moindre empathie pour son prochain. Pour lui, le prochain est une bête à tondre, rien de plus. 

Madoff est un animal à sang-froid, comme le scorpion ou le serpent. Il brise ces gens, les ruine, en toute conscience et sans remords. 

Alors mes direz-vous....mais les oeuvres de charité ? Mais la philanthropie de Madoff ? Eh bien, elles sont une couverture, le résultat d'un froid calcul. Un point c'est tout. Il se fiche du tiers comme du quart du malheur de l'humanité comme de ses propres victimes. Oui, Madoff est un génie du mal. Il ne tue ni au couteau ni au revolver, mais il estourbit son prochain de manière cynique,  sans foi ni loi. Il est le truand de la finance par excellence. Le grand prédateur dans l'océan des dépôts de fonds.

BERNIE MADOFF, «L'ESCROC DU SIÈCLE» Partie 2

Comme à chaque fois que l'on se trouve face à un criminel hors pair, la question se pose:  a-t-il agi seul ? impossible dans le cas de Madoff....À une criminalité qui s'exerce à l'échelle mondiale, il faut un réseau d'envergure. Bernie a son réseau : réseau de rabatteurs et d'apporteurs d'affaires en tous genres. Seconds couteaux conscients ou inconscients pour drainer ferme tous les capitaux possibles de la planète. Car, on l'a dit, Madoff n'est jamais en première ligne : il n'est pas gérant de fonds mais «conseiller» de fonds. La nuance est d'importance.

Les «vendeurs» de Madoff, ses intermédiaires, ses soutiens de la finance, totalement indépendants de Madoff Securities, se paient grassement au passage. Être vendeur de Madoff, c'est beaucoup mieux que d'être vendeur attitré d'un fonds de gestion : Bernie vous laisse toutes les commissions possibles. Il s'en fiche, puisque lui se paie royalement sur la bête, c'est à dire sur les fonds versés - à quoi ses clients ne trouvent rien à redire, vu les succès qu'il obtient - Oui, chez Madoff, on gagne quatre à cinq fois fois plus qu'ailleurs, qu'on se le dise ! Et sans le risque par-dessus le marché d'avoir la dure tâche de gérer les fonds, parce que c'est Bernie qui s'en charge ! 

Le réseau Madoff est donc ce qui se fait de mieux à l'échelle de notre vaste monde...Il s'agit de rabatteurs regroupés dans des fonds, une dizaine en tout, établis aux quatre coins de la planète. Une véritable machine à draguer de l'argent - et à le draguer pour qu'il aille dans une seule et unique nasse : celle de Bernie Madoff. - En ce sens, conscients ou inconscients, ils sont des complices. 

Elie Wiesel

Le nombre des victimes de Madoff est proprement ahurissant. Parmi elles se trouvent des personnages illustres, comme Elie Wiesel : sa fondation a perdu plus de 15 millions de dollars dans la chute de la maison Madoff. Lui-même sur sa fortune personnelle, en aura perdu 22 millions - c'est à dire tout ce qu'il possédait. Nul n'ignore la personnalité hors norme d'Elie Wiesel, survivant d'Auschwitz et de Buchenwald, où toute sa famille a perdu la vie. Immense écrivain doublé d'un statut de témoin de la Shoah, il a mieux que personne raconté le plus grand drame du siècle, ce qui a fait de lui un des prix Nobel de la paix majeurs de ces dernières années. Ses livres se sont vendus à des millions d'exemplaires. Eh bien, toute cette fortune accumulée au service du bien, Madoff va la capter au service du mal. 

Comment ces deux-là, qui ne se sont guère faits pour se rencontrer, ont-ils fini par se retrouver en train de manger des croissants dans un restaurant huppé de New-York, relève d'un de ces hasards pathétiques que la vie ménage parfois. Un ami de Madoff le présente à Elie Wiesel...On a face à face le loup de la finance, l'un des héros incontesté de Wall Street, et une des personnalités mondiales de la philosophie et de la morale. De quoi parlent-ils ? De finance, de flux, de gros sous?  Pas du tout : ils parlent d'éthique. L'éthique est le dada de Wiesel. Impossible de le rencontrer sans parler d'éthique, ce qui est bien normal pour ce rescapé des camps de la mort qui a investi une petite fortune dans la défense des plus belles causes de la planète : «La lutte contre l'apartheid, le soutien aux dissidents en butte aux dictatures et le combat pour que puissent s'exprimer partout la justice et la vérité».

Or, comme je l'ai déjà souligné, Bernie Madoff est l'homme le plus charmant de la terre, et il semble si fort passionné par l'éthique universelle...Et puis, Wiesel évoque ses projets. Tous ses projets. Ils sont si nombreux. Et si beaux....Tous marqués du sceau de la générosité. Madoff propose de l'épauler. Oui, il peut l'aider à amplifier leur portée, à en inventer d'autres. Et Wiesel tombe dans le panneau : il est séduit par ce loup de la finance si humain, si généreux. Quand vous êtes investi de tout votre coeur dans l'humanitaire, il est normal que vous écoutiez tous ceux qui veulent  vous aider. Et quand celui qui vous propose de vous aider est par-dessus le marché une belle âme et se passionne pour l'éthique et la philanthropie....alors vous êtes sûr de vous faire avoir. Le charisme maléfique de Bernie est capable d'opérer même sur les plus grands esprits de la planète ! 

Escroqué, Wiesel refusera toute possible atténuation de responsabilité chez celui qui l'a berné. Il le jugera totalement responsable de ses actes. D'ailleurs, la crapule universelle ne revendiquera jamais ni devant la police ni devant le tribunal une quelconque irresponsabilité: Madoff assumera. Ce sera le seul rayon de lumière à percer de cette âme noire.

Madoff est d'autant plus impardonnable qu'il est capable de berner jusqu'à sa famille et ses plus chers amis. Oui, Bernie berne les siens....Regardez Carl Shapiro. Il s'agit d'un des plus grands philanthropes mondiaux. Il a consacré toute son énergie à développer sa fondation, crée en 1961 avec sa femme, Ruth. Shapiro, c'est la lutte contre les maladies cardio-vasculaires, le combat contre le cancer, une ribambelle d'oeuvres plus belles les unes que les autres ! bref, un des grands bienfaiteurs de l'humanité. Il a quatre-vingt-quinze ans quand Madoff se prend d'intérêt pour lui - c'est à dire pour ses dollars.  

Carl Shapiro avec sa femme, Ruth.

Shapiro est pourtant un des très proche de Madoff. Depuis fort longtemps. On pourrait même dire, que sans Shapiro, Madoff n'aurait pas réussi, puisqu'il a été un des tout premiers clients de Bernie. Shapiro regarde même celui-ci comme le fils qu'il n'a pas eu. On peut l'affirmer : la confiance publique qu'inspire Shapiro, cet homme au-dessus de tout soupçon, donne un sérieux coup de pouce à Madoff. On ne peut pas être mauvais si on a Shapiro comme ami. En attendant, les deux familles se fréquentent comme des intimes. Shapiro et Madoff sont des mêmes fêtes juives. Et c'est Bernie qui prononce le discours à l'occasion du quatre-vingt-quinzième anniversaire de Shapiro - alors même qu'il est en train de le tondre ! 

En effet, en 2007, déjà aux abois, Bernie est prêt à tout pour se renflouer et éviter la déconfiture. Il dépouillerait Dieu en personne s'il le fallait ! À défaut de Dieu, qui, comme chacun sait, n'a pas d'argent, son vieux pote Shapiro est le pigeon tout désigné. Bernie lui soustrait 250 millions alors qu'il lui en a déjà soutiré 150. Et le tour est joué : Shapiro est floué par son meilleur ami à peine dix jours avant la chute de la «maison Madoff» !  

Or, quand il plume allègrement son vieux compagnon, Bernie sait bien qu'il est fini, puisque ses investisseurs lui réclament 7 milliards, alors qu'il n'a plus en caisse qu'un misérable petit milliard ! Pourquoi ruiner Shapiro, c'est à dire le soutien des malades et des pauvres gens, en sachant en plus que cela ne servira à rien car il n'a plus qu'une chance sur un million de pouvoir s'en sortir? C'est un mystère...Ou plutôt, c'est la logique Madoff, celle d'un bandit sans scrupule ni empathie, capable de détruire ses plus grands bienfaiteurs ! 

BERNIE MADOFF, «L'ESCROC DU SIÈCLE» Partie 2

Si encore Madoff n'avait floué que des gros, peut-être pourrait-il bénéficier d'une once de circonstances atténuantes. Mais pas du tout : il berne aussi les petits, ceux des classes moyennes, ceux qui ont trimé dur toute leur vie pour gagner leur droit légitime à une retraite paisible. Le requin n'en a cure : seul compte l'argent ! Et l'argent est partout, y compris, bien sûr, dans la poche de ces retraités qui sont tout heureux de la lui ouvrir. Les millions l'intéressent au premier chef, mais il ne boude pas quelques centaines de milliers de dollars.

Madoff croque tout ce qui passe à portée de ses mâchoires de prédateur. Sans sourciller. Sans la moindre inquiétude. Car si les richissimes n'ont jamais ressenti la moindre suspicion à l'égard de l'escroc, que dire de ces «petits», ces gens normaux qui l'adulent et attendent tout de lui ?  Il les plume sans aucun état d'âme. Cyniquement. Les faire chuter dans le malheur, les pousser au désespoir, ne lui tire pas une once de remords. Madoff est cruel. Terriblement cruel. On dirait qu'il se fiche éperdument de ce qui peut leur arriver. 

Rene-Thierry Magon de la Villehuchet

Certaines des victimes de Madoff ont préféré en finir. C'est le cas d'un certain William Foxton, un ancien militaire de carrière qui, ayant perdu dans l'aventure toutes ses économies, se tire une balle dans la tête, ou encore, parmi des dizaines d'autres, Thierry de La Villehuchet. Celui-ci est un des «rabatteurs» de Madoff, un de ceux grâce auxquels l'arnaque est devenue planétaire. 

La Villehuchet se suicide le 23 décembre 2008. Ce descendant de grands marins et bourlingueurs de Saint-Malo,  est entré dans les affaires à New-York dès 1981. Doté d'un beau tempérament de pirate, il se taille de fiers succès - des succès d'abordage. 

En 1994, cet ancien de Parisbas devient indépendant en créant une société de conseil en investissements. Or, il se trouve que La Villehuchet est associé avec un ami de Madoff qui le présente à celui-ci. La Villehuchet tombe évidemment sous le charme rassurant de Bernie, et en avant la musique : on s'associe. Le malheur veut qu'en 2008, au moment de la déconfiture, la confiance de La Villehuchet envers Madoff, allez comprendre pourquoi, se mue en aveuglement. Sa société rapatrie alors vers Madoff tous les autres investissements qu'elle gère et qu'elle estime menacés par la crise des liquidités mondiales ; il y en a pour 3 milliards de dollars - plus des trois quarts des fonds gérés par La Villehuchet et associés ! C'est une vraie folie ; dans cette folie, La Villehuchet se précipite les yeux fermés. NON, Madoff, IL EN EST CONVAINCU, ne s'écroulera pas. Le bateau Madoff tiendra dans la tempête qui secoue l'océan de la finance mondiale. Et puis, un corsaire malouin a-t-il peur de la tempête ? 

Parmi les fonds de La Villehuchet se trouvent aussi bien des placements de Bernard Arnault et Liliane Bettencourt que ceux de petits investisseurs. La chute de la maison Madoff, La Villehuchet, homme d'honneur, la vivra comme une honte, la sienne face à ses investisseurs. Lui,  perdra tous ses biens personnels, soit au bas mot plusieurs dizaines de millions de dollars, mais cela n'est pas le plus grave : la seule chose qui compte à ses propres yeux, c'est son honneur. le laver lui apparaît dès lors plus important que sa vie même. Cela explique le geste désespéré et froid du 23 décembre 2008 dans son bureau de New-York : à plus de soixante-cinq ans, on ne recommence pas sa vie de zéro. Thierry de La Villehuchet se tranche les veines, comme un sénateur romain pourchassé par Néron...Sauf que le Néron de La Villehuchet s'appelle Bernie Madoff. 

( Partie 1 ICI 

à suivre ...

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