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DESTINS DE STARS : Michael Jackson derrière le masque - Célébrités - Lieux célèbres - Personnages historiques. Actualité.

BERTRAND CANTAT : L'histoire la plus sordide du rock Français.

BERTRAND CANTAT : L'histoire la plus sordide du rock Français.

Maria elle s'endort ; elle imite les morts ; les petits anges bleus ...lui sucent les yeux.

Ces mots, sont ceux de Bertrand Cantat, quand il chantait en 1986 Danse sur le feu Maria.

Au final, il aura passé quatre ans et deux mois derrière les barreaux. Ça semble peu, pour avoir battu à mort une femme dans le salon de l'appartement 35 du Domina Plaza à Vilnius en Lituanie, la nuit du 26 au 27 juillet 2003. Même s'il l'aimait. Même s'il ne voulait pas lui donner la mort. Le rock sombre parfois du côté du MAL, et Bertrand Cantat a commis le pire des péchés : TUER. Comment appeler autrement les dix-neuf coups portés au corps et au visage de Marie Trintignant, et sous lesquels elle succomba ?

Aux États-Unis, Sid Vicious, chanteur des Sex Pistols, avait déjà commis l'irréparable en plantant un couteau dans le ventre de sa petite amie Nancy Spungen, la laissant mourir dans son sang, contre le mur de la salle de bains de leur chambre du Chelsea Hotel, une nuit d'octobre 1978. En France, une telle histoire était totalement inédite.

Quand Bertrand et Marie se rencontrent, un an avant le drame, il a 38 ans, elle en a 40. Elle partage la vie du metteur en scène Samuel Benchetrit depuis huit ans. Cantat est marié depuis neuf ans à kristina Rady, une organisatrice de concerts hongroise rencontrée lors d'un festival à Budapest. Marie a déjà quatre garçons, de quatre pères différents. La femme de Cantat est enceinte de leur deuxième enfant. Lorsqu'ils s'aperçoivent pour la première fois dans les coulisses d'un concert de Noir Désir à Vaison-la-Romaine, le 3 juillet 2002, ils sont instantanément attirés l'un par l'autre. Cantat est alors au sommet de sa carrière. Il est le charismatique leader de ce groupe engagé et adulé, porte-parole de sa génération ; elle est la splendide actrice, sensuelle et libre, célébrée depuis son premier grand rôle à 16 ans : Série noire. Ce jour là, il porte un T-Shirt noir. Des gouttes se transpiration glissent de ses tempes à son cou, le long du double anneau piqué dans son lobe d'oreille. Il sourit, son visage est marqué, mais il a le regard d'un petit garçon. Une frange surplombe le regard de Marie, illuminé par le coin de ses lèvres retroussées. C'est Ann, la soeur du chanteur, qui l'a invitée au concert. Elle tourne à ce moment à Marseille le film Total Khéops, adaptation du livre éponyme de Jean-Claude Izzo, et elle est impressionnée par la poésie des textes de Cantat, sa voix, les milliers de poings levés dans les airs quand il entonne Le Vent nous portera.

Autour d'eux, des associations anti-mondialisation et des militants d'extrême gauche distribuent leurs tracts, comme à chaque concert du groupe, Ann observe Marie et Bertrand toute la soirée. Elle est ébahie : «Je n'avais jamais pensé qu'ils pourraient tomber amoureux, je sentais simplement qu'ils auraient des choses à se dire. Ils partageaient le même genre d'humour, de générosité, le même goût pour la poésie. En fait, ce qui s'est passé après le concert a été hallucinant. Tous les gens présents s'en sont rendu compte. Soudain, ils avaient douze ans d'âge mental, ils n'osaient pas se regarder. Jamais je n'avais vu mon frère comme ça. Marie qui faisait le clown d'habitude se comportait comme une petite fille timide» (Le nouvel Obs, le 17 mai 2014). Ils parlent de Louis-Ferdinand Céline. Leurs débat sur l'auteur sulfureux les rapproche. La passion à laquelle ils succombent devient exclusive, jalouse, adolescente. En septembre, la femme de Bertrand accouche de leur fille Alice, mais cinq jours plus tard, les deux amants abandonnent conjoints et enfants pour vivre cet amour entièrement.

Un an plus tard, Cantat suit Marie en Lituanie sur le tournage de Colette, un téléfilm réalisé par sa mère, Nadine Trintignant, assistée de Vincent, le frère cadet de Marie. Marie interprète le premier rôle, avec, dans celui de son amant, son propre fils, Roman Kolinka.

Samuel Benchetrit
Lambert Wilson

Cantat, seul au milieu du clan, ne semble vivre que pour elle. Tous les jours, Marie joue puis s'isole pour être avec lui. Le 26 Juillet 2003, le couple assiste à la petite fête donnée en l'honneur de Lambert Wilson. L'acteur vient de tourner ses dernières scènes et s'apprête à rentrer en France. Au cours de cette soirée, ils ne mangent pas, mais vident de petits verres de vin et de vodka, fument quelques joints. Ils sont tendus. Le matin, en fouillant dans le téléphone de Marie, Cantat a découvert un SMS de Samuel Benchetrit, l'ex de Marie, qui lui a écrit au sujet de Janis et John, le film qu'il réalise et dans lequel elle joue. Elle doit bientôt en assurer la promotion. Le message se termine par «ma petite Janis». La formule affectueuse passe mal pour celui qui a dû rompre tout lien avec son épouse afin d'apaiser la jalousie de Marie. Ils se sont disputés toute la journée à cause de ce message. Quand ils pénètrent à 23h30 dans l'appartement du troisième étage de leur hôtel à Vilnius, les amants sont exaspérés. Ils se disputent. Il fait chaud, les fenêtres sont ouvertes, leurs cris résonnent dans la cour. Les voisins ne comprennent pas le sens de ces mots qui semblent si durs. Il lui reparle du SMS, elle en a marre, finit par l'insulter. «Elle était ensuite dans une colère noire et j'ai vu rouge» expliquera Cantat un mois plus tard. On dirait les paroles d'une mauvaise chanson...Il veut la faire taire, il la tient, elle se débat, elle plante ses ongles dans sa lèvre qui se met à saigner. Il recule et son dos (depuis quelques jours douloureux) se cogne dans la porte de la salle de bains. Pendant quelques minutes, il ne dit plus rien. Elle lui demande de partir. Alors il se lève, l'attrape, la secoue violemment et la frappe de la main droite. Quatre «fortes gifles», ainsi qu'il les décrira lors de son audition devant les juges.

Bertrand Cantat mesure 1.89 m. Marie Trintignant 1.66 m. Dans l'encadrement de la porte de la salle de bains, il la domine largement. Ses deux grosses bagues, portées au majeur et à l'annulaire, accentuent la violence des coups. Sa bague africaine est particulièrement massive, les os craquent. Elle s'écroule. Son nez est écrasé, du sang coule de son arcade sourcilière. Il la traîne dans le salon et la jette sur le canapé. Elle est légère, il y parvient sans mal.  Elle respire mais des bleus apparaissent sur son visage. Il se retire dans la chambre. Quand il revient, Marie est étendue sur le tapis. Il lui pose un linge humide sur le visage, la déshabille et la couche, nue, dans le lit. Elle ne dit rien, elle n'ouvre pas les yeux. Le chanteur ne s'en inquiète pas.

Un peu après minuit et demi, la concierge qui a entendu «comme des coups de poing sur la table, des glissades de chaises sur le sol et des chutes de chaises» (déposition à la police locale rapportée par Stéphane Bouchet et Frédéric Vézard dans leur livre Bertrand Cantat, l'amour à mort, l'Archipel, 2012).  frappe à la porte du couple pour leur demander de faire moins de bruit. Il opine. Elle n'entendra plus rien. À 1h46, Bertrand Cantat appelle Samuel Benchetrit pour l'interroger sur son SMS ! Les deux hommes s'entretiennent pendant une heure. Samuel essaie de le rassurer. Bertrand le rappelle à 2h51. Entre temps, il a mis des glaçons sur le visage tuméfié de l'actrice, qui ne bouge toujours pas. Il a peur qu'elle ne soit pas «raccord» pour les scènes qu'elle doit tourner lundi. Alors il appelle le frère de Marie, Vincent Trintignant, premier assistant-réalisateur du film, un peu après 4 heures du matin. Celui-ci arrive 10 minutes plus tard. Après s'être entretenu près de trois heures avec le chanteur, il voit du sang couler de la bouche de sa soeur. Elle respire, mais ne réagit toujours pas. Alors il appelle une ambulance. Il est 7h16. L'ambulancier décrira son état à la police locale. Stéphane Bouchet et Frédéric Vézard, journalistes au Parisien rapportent ses propos dans leur livre : «J'ai constaté qu'elle se trouvait dans un coma profond. On voyait carrément sur le visage des traces de coups, des ecchymoses sous-cutanées. Du côté droit du thorax, il y avait des traces de coups. Et aussi sur le dos et les cuisses. On sentait dans l'haleine une odeur l'alcool». (Compte rendu du conseil médical de l'hôpital universitaire des premiers secours de Vilnius le 1er août 2003)

Vilnius, capitale de la Lituanie.

Vilnius, capitale de la Lituanie.

À l'hopital de Vilnius, elle est opérée, mais il est trop tard. Marie Trintignant est vivante, mais elle ne se réveille pas. Si le chanteur avait tout de suite appelé les secours, sa «bien-aimée» aurait-elle pu être sauvée ? Impossible de l'affirmer, mais pendant les sept heures qu'il a passées à tergiverser, l'hématome qui s'est formé dans son cerveau est devenu trop important et l'a plongée dans un profond coma. «C'est l'écrasement du nez de la comédienne qui, en provoquant des lésions internes, a entraîné l'oedème cérébral à l'origine du décès. Ce coup fatal aurait été porté avec le plat de la main avec un effet de battoir» (le Parisien, le 29 octobre 2003) révèlera l'autopsie. Un coup porté de haut en bas : pourtant Cantat a affirmé qu'il s'agissait de simples gifles .....

Pendant que Marie est opérée, Cantat retourne dans ce qui devient une scène de crime. Il avale un paquet de cachets avant de s'écrouler, en slip, sur la moquette. La brigade criminelle, venue pour l'arrêter, l'emmène à son tour à l’hôpital. Les médecins lui font un lavage d'estomac. Deux jours plus tard, toujours un peu groggy, il est placé en garde à vue. Sur un mur de sa cellule de l'hôpital pénitentiaire de Vilniuis, il a inscrit «Marie, je t'aime».

Marie trintignant est rapatriée en France le 31 juillet. Elle meurt le lendemain. Bertrand Cantat est accusé d'homicide volontaire, mais il refuse le terme de crime. «C'était un accident après une lutte, une folie» maintiendra-t-il. (Le nouvel Obs, le 1er août 2003.)

En France, les fans du groupe de rock sont sous le choc. Impossible d'imaginer que ce bon père de famille installé à Bordeaux, soit impliqué dans une affaire aussi sordide. Marie et Bertrand sont des icônes trop belles, trop pures, trop respectées, trop entières. C'est invraisemblable !

Les radios déprogramment Noir Désir de leur antenne ...provisoirement du moins. «C'était naturel, nous faisons d'ailleurs le même chose avec Tombé du ciel et Comme un avion sans ailes après chaque catastrophe aérienne» se souvient Sabine Rochereuil, ex-directrice d'antenne chez RFM. Les ventes de disques ne diminuent pas pour autant. Au contraire, elles augmentent. Sur Amazon, l'album «666.667 Club», pourtant sorti en 1996, est la sixième meilleure vente de disques du site en France. À la Fnac Étoile à Paris, on vend cinq fois plus de disques de Noir Désir qu'avant le drame. Ceux qui ne veulent retenir de Cantat que cette voix soulevant les coeurs engagés l'érigent en héros romantique. Dans Le Monde daté du 16 août 2003, la cinéaste Hélène Châtelain, le journaliste Claude Faber et le dramaturge Armand Gatti publient une tribune pour défendre leur «frère d'écriture, de conviction et de coeur» : «Aujourd'hui, nous restons solidement convaincus que Bertrand n'est pas fait pour le rôle que l'on veut lui attribuer. Certes, il est devenu en quelques jours un personnage profondément tragique. Mais ceux qui le connaissent, ceux qui l'ont applaudi, ceux qui l'ont accueilli dans leurs rédactions, leurs meetings, leurs rendez-vous publics, ceux qui l'on appelé en soutien, ceux qui ont salué sa détermination, son engagement, son talent artistique, son humanisme, sa rigueur intellectuelle, sa liberté de penser.....ne peuvent l'oublier et taire la réelle personnalité de Bertrand. À moins que l'amnésie doublée de mauvaise foi soit une maladie de notre temps. [...] Notre compagnon a besoin de retrouver son honneur. Au nom de ce qu'il est réellement. Un homme digne d'être considéré comme un frère» (Le Monde, le 16 août 2003) ...

Le 21 août, lors d'une conférence de presse donnée après l'audition de Cantat, Olivier Metzner, son avocat, décrit Marie comme une «Hystérique». Georges Kiejman, avocat de la famille Trintignant, réplique en exhibant les photos du visage de Marie «effacé» par les coups. «Frapper par amour, ça n'existe pas», s'indigne le 7 septembre, sur un plateau de TF1, la chanteuse LIO, qui fut elle-même victime de violences conjugales.

Traumatisé, et probablement rongé par la culpabilité, l'entourage de la comédienne fouille dans le passé pour y chercher des signes avant-coureurs du drame. LIO affirme que son amie vivait dans la peur de cet homme possessif. Derrière ses lunettes fumées, Nadine Trintigant relit un SMS de sa fille, reçu douze jours avant sa mort, et signé «ta fifille battue» : «Sois sage ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille» Baudelaire, Les fleurs du mal.

Nadine Trintignant

Le 1er octobre 2003, elle publie un livre à charge contre «le meurtrier» de sa fille. (Nadine Trintignant, Ma fille, Marie, Fayard, 2003.)

Quand le procès du rockeur s'ouvre le 16 mars 2004 à Vilnius, il risque quinze ans de prison. Les deux camps se livrent une guerre médiatique sans merci. Le frère de Bertrand, Xavier Cantat, sort lui aussi un livre pour défendre son cadet. Méfaits divers, journal d'un frère (Éditions Michalon, le 28 novembre 2004)  raconte son année partagée «entre Bordeaux et Vilnius, pour soutenir son frère, accablé par la peine, la prison et la presse».  Il ne s'agit pas de justifier les coups que Bertrand a portés à Marie», mais de rétablir la vérité contre les «manipulations médiatiques du clan Kiejman/Trintignant», dit-il dans l'émission de Thierry Ardisson «Tout le monde en parle». (le 27 novembre 2004).  «Il y a eu des dysfonctionnements de la part de la police lituanienne, de la justice, de la partie adverse, d'un certain nombre de journalistes, de la presse, voire même de certains groupes de presse». Son frère aurait été déclaré coupable par les médias et la police, bien avant l'enquête.... Bertrand Cantat lui-même accuse «les médias». Il accorde dix ans plus tard une interview fleuve aux Inrocks dans laquelle il affirme : «Ma vision, mon témoignage n'ont pas eu le droit de cité : On est immédiatement dans le médiatique, le spectaculaire, on ne veut ma parole que pour alimenter le cirque. je suis devenu cet assassin qui tue sciemment. Il fallait que je sois condamné le plus lourdement possible et qu'en sortant, je n'aie plus la moindre chance d'exister. C'est encore à l'oeuvre aujourd'hui». (Les Inrocks, octobre 2013)

Écoeuré, Franz-Olivier Giesbert écrira dans Le Point : «Ce n'est pas là une histoire de pardon et de rédemption. C'est l'histoire d'un assassin narcissique, as de l'auto-apitoiement, qui a toujours été dans le camp du bien et qui continue à s'aimer, sous le regard énamouré de ses fans» ( Le Point, 23 octobre 2013).

kristina Rady

Les ex-petites amies du chanteur sont interrogées pour tenter de savoir s'il s'était déjà montré violent. «Bertrand n'a jamais levé la main sur quiconque avant le 27 juillet 2003. Ni sur moi ni sur une autre», déclare son épouse Kristina Rady. (le point, le 25 mars 2004). Elle aurait pourtant prétendu l'inverse à Samuel Benchetrit et à Roman Kolinda, peu de temps après le drame. Kristina leur aurait en effet confié que Bertrand l'avait déjà frappée et poursuivie avec un couteau, selon les déclarations de Samuel Benchetrit lors de son audition à Vilnius. (le Nouvel Obs, le 18 mars 2004)....Soutien indéfectible de son mari, Kristina a été présente à ses côtés dès son arrestation. Un journaliste local a dit peiner à publier des informations sur la vie privée du chanteur.

À Bordeaux, on ne critique pas ouvertement la rock star du Sud-Ouest. À Paris non plus d'ailleurs,  rares sont ceux qui ont accepté de parler des zones d'ombre du chanteur de Noir Désir. Et si petit à petit, les langues se déliaient, c'était presque toujours «en off». Des témoins ont décrit les colères de Bertrand Cantat. «Lors de l'enquête en France commandée par la juge d'instruction Nathalie Turquey, on peut se demander si la police a pu aller jusqu'au bout de son travail. Ferenc Rady, le père de Kristina, confirme des années plus tard à Paris Match : «Bertrand avait déjà bousculé Kristina ! Un soir, son manager et sa femme espagnole, qui habitaient pas très loin de chez eux à Bordeaux, étaient même sortis de leur domicile tellement les cris étaient violents. C'était la fois de trop pour eux. Bertrand avait fait tomber Cini [surnom de Kristina] en la poussant contre une fenêtre». (Paris Match, le 22 novembre 2012) «Au départ, nous n'avons pas compris pourquoi elle ne disait pas la vérité, se désole Csilla Rady, la mère de Kristina. Mais, pour ses enfants, elle ne pouvait pas faire autrement. Elle ne voulait pas que leur père passe sa vie en prison en tant que meurtrier» (Ibid)

Kristina Rady / Bertrand Cantat

Kristina Rady / Bertrand Cantat

Dans la salle du tribunal régional de Vilnius, Bertrand Cantat porte une chemise grise et un gilet anthracite informe. Il est pâle. Les flashs crépitent. «J'aimais Marie, j'aime Marie», dit-il. Il pleure. Finalement, avec l'appui constant de Kristina, il est condamné à huit ans de réclusion, pour «meurtre commis en cas d'intention indirecte indéterminée». Personne ne comprend ce que cela veut dire, mais il a gagné sept ans de liberté par rapport à la sentence pressentie de quinze ans de prison. Olivier Metzner arrive même à convaincre la justice lituanienne de lui faire purger sa peine dans une cellule près de sa famille. Le 15 octobre 2007, soit trois ans et demi plus tard, il est remis en liberté conditionnelle, pour «conduite exemplaire». Dans une interview donnée au Parisien le 13 octobre 2017, son juge d'applications des peines, Philippe Laflaquière, dira qu'il est inexact de le présenter comme un «meurtrier». C'est pourtant pour meurtre qu'il a été condamné....À sa sortie de prison, il s'installe avec sa femme Kristina et leurs deux enfants dans leur propriété de Moustey, dans les Landes. Elle est alors programmatrice du Sziget Festival à Budapest ( un des plus grands festival de rock d'Europe) et voyage souvent. Cantat a également un appartement à Bordeaux. Ils ont une relation «libre».

En avril 2009, Kristina rencontre un autre homme. Attablé dans un restaurant du Cap Ferret dans lequel il venait souvent avec Kristina, ses yeux bruns perdus sur la dune du Pyla, celui-ci raconte la première fois où il a vu cette femme belle, intelligente et solaire, lors d'un déjeuner professionnel au bord de la Garonne à Bordeaux : «Elle respirait la joie de vivre. On a passé des heures à parler et je suis tombé follement amoureux d'elle. Kristina s'était séparée de Cantat, de corps et de biens. Elle vivait dans leur maison, et lui dans un appartement à Bordeaux. Elle m'a dit qu'il voyait quelqu'un et ne s'intéressait pas à elle» (À l'auteure, le 22 avril 2017).  très vite, il ne se quittent plus. Kristina lui présente même ses enfants.

Cantat ne supporte pas cette relation fusionnelle. Dès le mois d'avril 2009, il appelle régulièrement son rival sur son portable. «Il me disait que je ne me rendais pas compte de ce dans quoi je m'engouffrais, raconte l'amant. Kristina se sentait en danger. Elle garait sa voiture à 500 mètres de chez moi pour qu'il ne nous trouve pas» . Pourtant, le 18 mai au matin, elle le quitte pour redonner une chance à son mari. «Elle ne l'aimait plus mais Kristina était très attachée à sa famille. Il était le père de ses enfants»...explique l'amant.

Quatre jours plus tard, Kristina l'appelle, paniquée, pour qu'il vienne la chercher à Bordeaux. «Elle me disait que Cantat était fou et voulait qu'on parte vivre à l'étranger, loin de lui», se souvient-il. Elle cache ses enfants chez une voisine et amie de son amant, qui a souhaité garder l'anonymat. Celle-ci témoigne pour la première fois : «J'ai hébergé les enfants de Kristina Rady dans ma maison du Cap Ferret quand elle est allée se réfugier chez son amant. Elle avait caché sa voiture pour que Cantat ne sache pas où elle se trouvait. Clairement, elle les laissait chez pour les protéger. Je n'ai aucun doute là-dessus. Elle avait peur que son marie ne vienne la chercher violemment et voulait éloigner les enfants. Ils sont restés cinq ou six jours chez leur père. Elle ne disait que des choses positives, comme pour leur construire une mémoire....En fait, elle avait l'air d'être à la foi sous emprise, amoureuse, tiraillée, perdue» (À l'auteure, le 24 avril 2017) En juin, Kristina retourne malgré tout chez Cantat.

Ferenc Rady, son père, explique ainsi l'attitude de sa fille : «Elle sublimait Bertrand. Elle était prête à tout pour lui, jusqu'à lui pardonner sa violence». Sa mère ajoute : «Cini n'arrivait pas à affirmer sa personnalité face aux hommes de sa vie, dès son premier amour il en était ainsi» (Paris Match, le 22 novembre 2012).

Un proche, qui rendait régulièrement visite au couple, a décrit leur disputes : «Il y avait beaucoup d'amour entre eux, mais aussi beaucoup de tensions. Je ne l'ai jamais vu la frapper, mais tous les jours, j'entendais Bertrand hurler». Pendant toute cette période, Kristina continue secrètement de correspondre avec son amant. Mais Cantat vérifie ses relevés téléphoniques. Le 28 juin, les amants se retrouvent pour quelques jours à Paris. «On est rentré ensemble en TGV à Bordeaux mais elle m'a demandé de changer de wagon pour que Cantat, qui l'attendait sur le quai, ne me voie pas. Il fouillait son portable, alors elle effaçait tous nos SMS. Moi je me disais, il est en conditionnelle, il ne la touchera jamais. En rentrant de notre escapade à Paris, je lui ai écrit sur ce week-end en amoureux».

Cinq jours plus tard, Kristina appelle ses parents, qui vivent à Budapest. Le téléphone sonne dans le vide. Ils sont partis au lac Balaton, où ils possèdent une maison. À leur retour de vacances, quelques jours plus tard, ils trouvent sur leur répondeur un message glaçant, de 7 minutes et 33 secondes :

Allô, salut Maman, salut Papa, c'est Cini [...] ici beaucoup de choses se sont passées et des pas bonnes, c'est pourquoi je ne savais vraiment plus quoi vous dire. [...] Hélas, je n'ai pas grand-chose de bon à vous offrir, et pourtant il aurait semblé que quelque chose de très bon m'arrive, mais en l'espace de quelques secondes Bertrand l'a empêché et l'a transformé en un vrai cauchemar qu'il appelle amour. Et j'en suis maintenant au point, alors que j'avais du travail pour tout ce mois-ci, ce qu'il ne supporte pas, qu'hier j'ai failli y laisser une dent, tellement cette chose que je ne sais comment nommer ne va pas du tout, [inaudible : frappée ou bousculée], mon téléphone, mes lunettes, m'a jeté quelque chose, de telle façon que mon coude est complètement tuméfié et malheureusement un cartilage s'est même cassé, mais ça n'a pas d'importance tant que je pourrai encore en parler. Mais....puisque nous avons donc décidé de revivre ensemble et que Bertrand, n'est-ce pas, est à nouveau amoureux de moi, ce qui serait bien s'il était possible de vivre avec lui, mais on ne peut pas [...] J'ai essayé, et j'essaye, de vivre de telle manière que je ne sois pas obligée de fuir, car soit il sera déjà trop tard pour fuir faute d'être encore en état pour le faire, soit je réunis mes forces maintenant et je m'enfuis avec Liszka. (leur fille, Liszka étant le diminutif d'Alice) Ensuite, avec un peu de chance, si j'en ai la force et qu'il n'est pas trop tard, je déménagerai dans un autre pays et je disparaîtrai simplement, car je dois disparaître. [...] Naturellement vous pouviez deviner qu'une série d'évènements a eu lieu que celle de 2003, car à l'époque cela ne m'était pas arrivé à moi, tandis que maintenant cela m'arrive, et déjà à plusieurs reprises j'ai échappé au pire, et puis c'est intenable. Bertrand est fou, il croit que c'est là le plus grand amour de sa vie et que, mis à part quelques petits déraillements, tout va bien. Et tout le monde, bien sûr, dans la rue le considère comme une icône, comme un exemple, comme une star, et tout le monde désire que pour lui tout aille bien, et après il rentre à la maison et il fait des choses horribles avec moi devant sa famille. J'espère qu'on va pouvoir s'en sortir et que vous pourrez encore entendre ma voix, et sinon, alors vous aurez au moins une preuve que...mais des preuves il y en a, les gens dans la rue et nos amis, car ce qu'ils ont vu hier quand Bertrand a tout cassé, et j'ai eu peur que pour une fois cela ne se passe pas chez nous mais chez nos amis, et donc il telle chose devait arriver, ils pourraient témoigner, même si un témoignage n'aurait aucun sens car tel que je connais Bertrand, il se suiciderait, et alors les enfants resteraient là, orphelins.
J'aimerais tant l'éviter, seulement on ne peut s'en sortir saine et sauve, et cet état psychique n'est pas non plus propice pour bâtir une relation de couple.

Les parents de Kristina sont horrifiés. Pourtant, quand ils rappellent leur fille, elle leur assure que tout va beaucoup mieux. Elle ne veut surtout pas qu'ils interviennent : Cantat est toujours en liberté conditionnelle, il serait immédiatement renvoyé en prison si la justice savait ....«En admettant à nouveau Bertrand dans sa vie, elle était piégée, dit la mère de Kristina. D'une certaine manière, il la terrorisait. Il avait plusieurs fois cassé ses téléphones, ses lunettes. Il menaçait les hommes qui l'approchaient, il lui avait même cassé le coude. Bertrand et Cini ne s'étaient pas retrouvés amoureusement, ils s'étaient rapprochés pour les enfants. Mais, très vite, il s'est montré agressif envers elle, il avait du mal à vivre après la prison. Qui s'en étonnerait ? Elle de son côté, rêvait de démarrer une nouvelle vie avec quelqu'un d'autre. Lui était jaloux.» (Paris Match, le 22 novembre 2012).

Entre septembre et octobre 2009, Kristina continue de voir en secret son amant. Ensuite, leur relation devient épistolaire. Le 9 janvier 2010, l'amant est dans un TGV pour Paris quand il reçoit une série de SMS en hongrois et en Français de kristina. Elle lui dit qu'elle l'aime, qu'elle aurait aimé être un an auparavant, et tout recommencer avec lui. Elle mentionne un chapitre de Belle du Seigneur, où il est question d'amour et de suicide. L'amant lui demande si elle a enfin lâché Cantat. Ses réponses son décousues. Ils échangent jusqu'à 23 heures.

Le 10 janvier 2010, Kristina Rady se pend sans sa chambre, au premier étage de sa maison à Bordeaux, avec une corde de Hamac. Elle a 41 ans.

Quand le corps a été trouvé au matin, Bertrand Cantat dort au rez-de-chaussée, «affalé sur le canapé, et bourré», précise Yaël Mellul, une avocate spécialiste des violences faites aux femmes. Il tente alors de la réanimer (ce qui expliquera les hématomes post-mortem constatés sur son visage). Le jour où sa femme se suicide, Bertrand Cantat est encore en libération conditionnelle, après une condamnation pour le meurtre de Marie Trintignant.

«Je me sens tellement coupable, si j'avais fermé ma gueule, elle serait en vie...» confie l'amant. «Cantat ne m'a pas laissé aller à l'enterrement. J'y suis allé quand même. Les musiciens de Noir Désir m'avaient gardé un place, tout devant. Je regardais de temps en temps Cantat. J'étais en larmes. Il avait fait venir des musiciens tsiganes, comme si les Hongrois étaient des tsiganes !».

Ferenc et Csilla ont du mal à croire au suicide de leur fille. Csilla s'explique à Paris Match : «Elle avait plein de projets, elle ne pouvait pas avoir la volonté de mourir : Elle avait déjà acheté des billets pour les vacances au ski en Suisse avec les enfants. Elle m'avait demandé de lui faire réparer rapidement des bijoux qu'elle voulait porter. Quand Bertrand était au plus bas en prison, Kristina n'avait qu'une peur : que ses enfants se retrouvent sans père. Elle même ne pouvait pas envisager de laisser des enfants orphelins. Je n'arrive pas à croire qu'elle se soit suicidée car, quand je l'ai vue à la morgue, elle n'avait aucune trace de corde autour du cou».

Yaël Mellul

Le 23 février 2013, Yaël Mellul tombe par hasard sur un article dans Voici, qui publie des extraits du message laissé par Kristina Rady sur le répondeur de ses parents, trois ans et demi plus tôt. L'avocate est à l'initiative de l'inscription du délit de violence conjugale à caractère psychologique dans la loi, et veut aussi faire inscrire dans le Code Pénal la notion de suicide forcé.

«Le rapport d'autopsie conclut à l'absence de violences pré-mortem et établit la pendaison pour cause directe de la mort mais dans son message, Kristina décrit très clairement les violences physiques et psychologiques qu'elle a subies. Je ne comprends pas pourquoi personne n'a saisi le parquet, pourquoi son entourage n'a rien fait !  Je me suis rendue compte que la procédure obligatoire liée au suicide avait été très rapidement clôturée. Le juge d'application des peines n'a même pas été entendu, et pourtant, à l'époque, Cantat était encore soumis à des obligations à son égard : à la moindre plainte pour violence conjugale, c'était son retour à la case prison.»

Avec l'amant de Kristina, elle décide de demander la réouverture de l'enquête au parquet de Bordeaux, pour «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner». D'emblée elle a le pressentiment que les parents ne la suivront pas, et en effet, bizarrement, les parents de la jeune femme se désolidarisent de sa démarche. «Ils n'ont jamais voulu me parler. Mais on m'a raconté que Cantat aurait appelé les parents de Kristina en les menaçant que s'ils me suivaient, ils ne verraient plus jamais leurs petits enfants. Ce sont des gens très spéciaux...» Les parents de kristina sont résignés. Pour eux la justice française n'a que faire du sort d'une petite Hongroise. «Bertrand Cantat n'a jamais voulu répondre à nos questions. Nous avons renoncé à connaître la vérité», admet son père.

Dans une lettre datant de février 2012, Csilla fait part de son inquiétude concernant les enfants de sa fille. Elle semble surtout terrorisée pas l'idée qu'ils soient placés dans un internat.

Sans les parents, l'avocate ne peut pas se porter partie civile car seule un victime directe ou la famille peut le faire, et une demande de réouverture de l'enquête reste à la discrétion du procureur. Elle multiplie alors les appels à témoin : Personne ne répond, ni pour accuser Cantat, ni même pour le défendre. Les proches refusent obstinément de témoigner. «Je disposais du message téléphonique laissé par Kristina à ses parents, gravé sur un DVD, et de quelques lettres, envoyées par la mère de Kristina à l'amant de celle-ci, dans lesquelles elle lui confie que Cantat essayait de faire du chantage émotionnel, qu'il menaçait de la tuer, et invoquait les enfants. Dans son bureau, Marie-Madeleine Alliot procureur de Bordeaux, m'a promis de rouvrir l'enquête, mais malgré la longue liste de témoins potentiels à interroger que je lui ai donnée, elle n'a entendu que l'amant de Kristina. Sans partie civile, je ne pouvais pas l'obliger à faire plus....» déplore-t-elle.

BERTRAND CANTAT : L'histoire la plus sordide du rock Français.

L'enquête ne sera donc jamais rouverte, mais pour Yaël Mellul et l'amant de Christina, l'affaire n'est pas classée. L'avocate est harcelée par les fans de Cantat, qui lui envoient des menaces de mort et de viol.

«C'était surtout des filles d'une vingtaine d'années qui voyaient en lui un poète maudit. Ça a été un cauchemar pendant six ou huit mois», se souvient-elle.

En novembre 2013, Cantat (avec les parents de Kristina) porte plainte en diffamation contre l'ex-petit ami de sa femme (plainte dont il sera débouté en octobre 2016, le tribunal correctionnel de Paris estimant que les propos de l'amant accusant le chanteur de «terreur psychologique» ne sont pas diffamatoires).

Cantat, qui revient de manière incessante sur son amour pour Marie Trintignant, commentera : «Je ne ferai pas de grandes révélations sur Cini, son acte lui appartient et tout ce que je peux dire, c'est qu'il y a une grande complexité derrière. Ça a été terrible à vivre - ça l'est toujours - et chaque proche se demande ce qu'il n'a pas vu, pas fait ou fait ...Moi le premier, mais les raccourcis et les accusations délirantes me concernant sont inacceptable» (Les inrocks, avril 2014). Il poursuit : «C'est affreux, abject, d'être devenu le symbole de la violence contre les femmes. Des gens que je ne connais pas existent désormais grâce à ça, avec un rapport très malsain aux médias, à la célébrité».

Noir Désir, lui, n'a pas survécu au drame de Vilnius. Pourtant, deux ans après l'incarcération de Cantat, le groupe sort un double disque live, issu de leur dernière tournée, qui est en tête des ventes à sa sortie. Le DVD issu de cette tournée remporte même une Victoire de la Musique en 2006. Un an plus tard, dès sa sortie de prison, Cantat veut faire de nouvelles chansons. La moitié du groupe n'est pas disponible, mais il enregistre quand même Gagnants/Perdants (une chanson contre Sarkozy) et une reprise du Temps des Cerises, disponibles fin 2008 en téléchargement gratuit. Mais les fans, déçus, ne retrouvent pas la puissance nerveuse de Noir Désir, jusqu'à leur épatante reprise d'Aucun Express de Bashung fin 2010....Ce sera le dernier titre du groupe.

Serge Teyssot-Gay

Le 30 novembre 2010, dans un communiqué, Serge Teyssot-Gay, le guitariste de Noir Désir, ami de trente ans de Cantat (ils se sont connus au lycée au début des années 80), déclare qu'il a décidé de ne pas reprendre son activité avec le groupe en raison de «désaccords émotionnels, humains et musicaux avec Bertrand Cantat, rajoutés au sentiment d'indécence qui caractérise la situation du groupe depuis plusieurs années». Tremblement de terre sur la planète rock. Les mots s'écrasent, aussi lourds que des pierres. La veille, les membres de Noir Désir, attablés à la Brasserie des Arts à Bordeaux, assistent à l'égarement de leur chanteur. 

Denis Barthe

«D'un coup, il était victime de tout. Vilnius, ce n'était pas sa faute...Comme si Marie avait glissé sur une savonnette. Kristina ce n'était pas sa faute....C'est elle qui était malheureuse etc.... Il nous a tous accusés d'avoir besoin de sa notoriété. [...] Il a fait avec nous ce qu'il a toujours fait avec ses femmes et ses copines depuis que je le connais : Quand il a envie de rompre parce que la situation ne lui convient plus, il pousse les gens au bout de leurs limites pour que ce soient eux qui mettent fin à l'histoire» raconte le batteur Denis Barthe au journaliste Marc Besse  (Marc Besse, Noir Désir à l'envers, éditions Ring, 2012).

«Si on me cache des trucs, si on manque de courage et d'éthique, je deviens très con, se défend Cantat dans Les Inrocks. J'ai fini par dire des choses sur lesquelles on ne pouvait pas revenir. Des choses qu'ils n'étaient plus capables d'entendre».

Olia Ougrik

En solo, Cantat ne s'en sort pas si mal. En 2011, à la stupéfaction de Jean-Louis Trintignant, il participe à l'adaptation de trois pièces de Sophocle par Wajdi Mouawad appelée Des femmes, qui met en scène le destin tragique d'Antigone, Déjanire et Électre. Il a aussi monté un groupe, Détroit, avec le bassiste Pascal Humbert. «Une rédemption artistique pour un Bertrand Cantat qui vient de purger dix ans de silence», écrivent les Inrocks. La journaliste Olia Ougrik, qui a participé à l'écriture des chansons (pour les textes en anglais), a parlé de cette «parenthèse magique de sa vie».

La pétillante rousse aux yeux verts dit n'avoir jamais abordé son passé avec lui, se limitant volontairement à voir en lui l'artiste : «il faut faire la part des choses. C'est un être humain. On faisait un album. Son passé n'avait pas lieu d'être évoqué. On voit qu'il est malheureux et qu'il va vivre avec ça tout le restant de sa vie. S'il avait été indifférent, je n'aurais pas travaillé avec lui. Sa vie est un enfer, la musique lui permet d'y échapper. Bosser avec lui, c'était très intense...» Après cette expérience, Olia s'est installée à Los Angeles et a coupé tout contact avec lui.

Dans le milieu de la musique, Cantat n'a jamais été ostracisé. Albin de la Simone, qui a partagé la scène avec lui, en compagnie de Brigitte Fontaine et de Miossec lors d'un hommage à Bashung en 2013, a confié : Dans la mesure où il a purgé sa peine, qui suis-je pour le juger ? Il était à côté de moi quand on saluait le public, il m'a soulevé le bras et j'avais le ventre à l'air. Ça m'a fait rire et j'ai tout de suite pris conscience que j'étais en train de rire sur scène avec Bertrand Cantat. J'ai eu un moment de malaise et puis je l'ai trouvé très sympa, j'ai préféré voir ça.....»

En 2016, Tostaky, le quatrième album de Noir Désir, est le vinyle français le plus vendu de l'année. Le 1er décembre 2017, Cantat sort un album «en son nom», comme le disent les Inrocks en plaçant la rock star en une de leur hebdomadaire, le 11 octobre 2017.

Quelques semaines avant la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, ce choix éditorial passe mal. Sur les réseaux sociaux, des millions d'anonymes postent leur dégoût. Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, s'indigne sur Twitter : «Et au nom de quoi devons-nous supporter la promo de celui qui a assassiné Marie Trintignant à coup de poings ?»

Ne rien laisser passer. «Que pèse la mort d'une femme à côté d'un boom des ventes ?», ironise Raphaël Enthoven «@les inrocks vachement rock and roll votre couv» C'est pas le fdp qui a tué la fille de mon ami avec ses poings ? J'adore votre côté#provoc», poste Mathieu Kassovitz.

De Kristina, on ne parle pas (dans les Inrocks), ou peu sur (Internet).

«Cantat, c'est juste un chouette mec qui a vécu un drame», selon Manu Barron, qui a organisé plusieurs concerts avec lui à l'époque où il dirigeait l'Aéronef à Lille, entre 1990 et 1998.

«Serait-il l'artiste qu'il est aujourd'hui sans ces événements?» s'interroge Maëva,  20 ans, étudiante !!!.

Une jeune femme dont il a été très proche l'a décrit ainsi : «Cantat, c'est comme le soleil, quand on s'approche trop, on se brûle. Il faut savoir retirer sa main du feu avant qu'il ne soit trop tard».

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