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DESTINS DE STARS : Michael Jackson derrière le masque - Célébrités - Lieux célèbres - Personnages historiques. Actualité.

Avec Jay-Z, rien n'est gratuit !

Avec Jay-Z, rien n'est gratuit !

C'est l'archétype du rêve américain. Celui d'un entrepreneur parti de rien et qui a construit, seul, un gigantesque empire commercial. Né dans un des quartiers les plus dangereux des États-Unis, il est à présent le 1er rapper milliardaire, selon Forbes.

Shawn Carter, alias Jay-Z, est marié à Beyoncé, une femme splendide qui vend encore plus de disques que lui, ils se sont offert un parfait nid d'amour de 2 800 m² à Los Angeles pour 120 millions de dollars (avec quatre piscines, un garage pouvant contenir quinze voitures, un terrain de basket....etc.) Le président le plus cool de l'histoire, Barack Obama, le citait dans ses discours. Bono l'admire. Et pour le richissime éditeur de presse Steve Forbes, «Shawn Carter symbolise l'essence de l'esprit entrepreneurial américain». Il dira même plus : «Jay-Z est inspirant, et nous met à l'épreuve». (Zack O'Malley Greenburg, Empire State of Mind, Penguin Random House, 2011).

En fait, personne ne semble dérangé par le fait que c'est en dealant de la coke qu'il a assemblé ses premiers éventails de dollars, et jeté les bases de sa fortune.

Shawn Corey Carter naît le 4 décembre 1969 dans la cité HLM de Marcy, Brooklyn, à l'intersection des lignes J et Z du métro, dans un immeuble qui pue le crack. Petit, on l'appelle Jazzy. Il est plutôt douté à l'école. Mais alors qu'il a 10 ans, son père, qui avait sombré dans la drogue et l'alcool, obsédé par l'idée de retrouver le meurtrier de son frère afin de le venger, quitte la maison. Cela brise le coeur du petit Shawn. «J'ai beaucoup changé, j'étais en permanence sur mes gardes. Je n'ai plus jamais voulu m'attacher à quelque chose qui me serait à nouveau enlevé. Je ne voulais plus jamais ressentir ça». (Rolling Stone, le 15.12.2005)

Sans père, il trouve ses modèles masculins dans les rappeurs du quartier. Jaz.O est le premier. C'est lui qui lui inculque le maniement des rimes. Financièrement, sa mère a du mal à élever seule ses quatre enfants. «Très franchement, sa situation est assez terrible, se souvient Jaz-O. Il allait souvent chez son copain Chase, rien que pour manger. Chez moi aussi d'ailleurs». Son lycée, Westinghouse, est l'un des plus dangereux de New-York. On y apprend le rap plus que les maths : Notorious B.I.G. et Busta Rhymes y ont fait leurs classes. D'ailleurs Shaw laisse tomber l'école avant de passer son bac ; il a commencé à vendre de la drogue, c'est bien plus lucratif. Sa mère s'en doute, mais ne dit rien. À 18 ans, installé chez un ami à Trenton, dans le New Jersey, Shawn Carter trafique de la coke par kilos. «La plupart des gens ne gagnent pas tant d'argent que ça en vendant de la drogue, mais chacun pense qu'il peut devenir celui qui s'en sort vraiment et qui réussit, explique-t-il. Moi, j'y suis parvenu, parce qu'à Trenton, les prix étaient deux à trois fois plus élevés qu'ailleurs. Donc je m'en suis mieux tiré que le mec qui est resté devant son immeuble». 

Très vite, dans le quartier, son sens du business fait mouche. Shawn Carter ne fait jamais de rabais et il ne touche pas à la marchandise. Petit à petit, il étend son marché aux États voisins du Maryland et de Virginie. La concurrence y est moins rude et la clientèle moins sophistiquée. Là, il y distribue un produit encore plus rentable : le crack-cocaïne.  La drogue se répand dans les quartiers comme une traînée de poudre à canon, faisant exploser les familles pauvres. Il ne culpabilise pas pour autant : «Je pensais à ma survie. Je pensais améliorer ma situation. Je pensais à m'acheter des vêtements», commente-t-il. (Vanity Fair, novembre 2013). Des vêtements, il peut en effet s'en acheter : il vend pour 12 000 dollars de drogue par semaine. Pour expliquer la provenance de tout ce cash, il participe à des concerts de rap non rémunérés. Il essaie aussi de rester discret en s'achetant une Lexus plutôt qu'une BMW.

C'est à cette époque que sa dextérité avec les mots commence à se faire connaître. Jay-Z improvise toujours, il mémorise ou invente de nouvelles punchlines au moment où il les rappe, les balance à toute vitesse, seul derrière le micro du studio. De l'autre côté de la vitre, les joints tombent des bouches grandes ouvertes des beatmakers. On le surnomme Hova, diminutif de Jehovah, à cause de cette capacité à créer des morceaux entiers sans une feuille de papier. L'industrie du disque le courtise. Mais le rap est une passion et une couverture, pas un métier. La drogue reste bien plus profitable que le hip-hop, surtout quand son suit à la lettre le manuel du dealer de crack écrit par Notorious BIG dans ses Ten Crack Commandements (sur son excellentissime album Life After Death) :

Rule Number Uno, never let no one Know how much dough you hold
►Tu ne laisseras personne savoir combien d'argent tu as
Number 2, never let 'em know your next move
►Tu ne dévoilera jamais ton prochain coup
Number 3, never trust no-bo-dy
►Tu n'auras confiance en personne
Number 4, never get high on your own supply
►Tu ne te défonceras pas avec ta marchandise
Number 5, never sell no crack where you rest at
►Tu ne vendras pas un gramme de crack à ton domicile
Number 6, that goddamn credit ? Dead it
►Tu ne feras jamais crédit
Number 7, Keep your family and business completely separated
►Tu ne mélangeras pas famille et business
Number 8, never keep no weight on you !
►Tu n'auras jamais la marchandise sur toi !
Number 9, if you ain't gettin' bagged stay the fuck from police
►Tu resteras loin de la police
Number 10, if you ain't got clientele, say hello no
►Tu ne dealeras qu'une fois que tu auras la clientèle

En réalité, le rap et le deal sont liés depuis longtemps. En 1973 déjà, quand le hip-hop naît dans un immeuble de briques du Bronx, le tout premier MC, Coke La Rock, vend du cannabis derrière le mic aux gangsters, hipsters et break dancers qui l'écoutent, hystériques, balancer ses rimes sur des samples de Kraftwerk et de Chic. Pas grand chose, des petits sachets, des «nickel bags», vendus 5 dollars. (Hip-hop Evolution, épisode 1, Netflix)  Mais il en écoule 160 par soirée, et la pièce est un nuage de fumée.

Dans les années 80, des gangsters se mettent à rapper pour raconter leur quotidien, la drogue, les filles, la violence dans les rues. Schoolly D est le premier à poser les bases du gangsta rap, avec sa petite bombe de morceau PSK What Does It Mean, sortie en 1985.  Il est bientôt imité par NWA, Tupac, Snoop Dogg et tous ces rappeurs de la côte Ouest, où la guerre des gangs fait rage et couvre les trottoirs de sang et de crack.

C'est d'ailleurs en se faisant tirer dessus en 1994 que Jay-Z arrête de dealer. Jay-Z décrira sa reconversion professionnelle dans le remix de Diamonds from Sierra Leone, un duo avec son futur poulain Kanye West : ♪♫«I sold Kilos of coke/ I'm gessin' I can sell CD'sl I'm not a business-man/ I'm a business, man!»♫♪  ►J'ai vendu des kilos de coke/ j'imagine que je peux vendre des CD/ je ne suis pas un businessman/ Je suis un business, man.)

Comme pour le deal, Jay-Z cherche dans la musique un partenaire de taille. Il ne tarde pas à le trouver en Damon Dash, l'entrepreneur de Harlem de deux ans son cadet. Dash a les dents qui rayent le bitume : Il le répète, il veut conquérir la planète. organisateur de soirées, génie du marketing, il aide le rappeur à enregistrer ses premiers titres. Le style Jay-Z est dur, violent, et les maisons de disques, traumatisées par la guerre entre les rappeurs des côtes Est et Ouest, sont frileuses. Alors, avec Kareem «Biggs» Burke, et grâce à l'argent amassé par Jay durant ses années de deal, tous trois fondent leur propre label : Roc-A-Fella. Ils distribuent eux-mêmes les CD de Hova dans tous les coins de la ville et bientôt, en 1996, Ain't No Nigga, son duo avec la jeune est sexy Foxy Brown - 17 ans à l'époque - est un hit. Le titre est même retenu pour apparaître dans la bande originale du Professeur Foldingue, une comédie avec Eddie Murphy.

Huit mois plus tard, Jay-Z demande à Puff Daddy de produire son deuxième album, pour avoir un son plus pop qui lui permettra d'élargir son public. Pari réussi : In My Lifetime, Vol 1 s'écoule à 2.5 millions d'exemplaires dans le monde. En 1998, avec Vol.2 Hard Knock Life, produit par Timbaland, il devient carrément une star et vend 10.5 millions d'albums. Il enregistrera même un duo avec Mariah Carey (Heart-breaker) en 1999, se faisant une place dans les chaînes stéréo de tous les foyers classe moyenne du pays, juste avant la sortie de son quatrième album Vol.3...Life and Times Of S.Carter.

Pendant ce temps, le label Roc-A-Fella découvre et signe d'autres artistes comme Cam'ron, Memphis Black et Kanye West. Pour les promouvoir, Jay-Z aligne toujours quelques rimes sur leurs morceaux. C'est un cercle vertueux : Plus les rappeurs vendent des disques, plus il devient riche, plus son influence est grande, plus il vend de disques. «Mon expérience dans la rue m'a aidé dans l'industrie de la musique. Je savais quelles étaient les personnes à éviter», se réjouit-il. [Vanity Fair, novembre 2013].

Les relations entre Jay-Z et Dash se distendent, au moment où ils commencent à parler de séparation, le label Def Jam propose de leur racheter leurs parts.

Le Deal : Dash et Biggs continueront de s'occuper de Roc-A-Fella, et Jay-Z partira de son côté. Finalement, en 2004, il devient P.D.G de Def Jam, et dépouille ses anciens associés de ses artistes, de Racawear. «Il n'est loyal qu'envers l'argent, commente son ancien mentor Jaz-O. Il adore l'argent».

La vérité, c'est que pour avoir de plus en plus d'argent, il est prêt à écraser quiconque se trouvant sur son chemin, que ce soit ses amis ou sa famille. [Zack O'Malley Greenburg].

Dans la chanson Threat, il se fait appeler le «Warren Buffet noir», en référence au légendaire investisseur américain. Car aux États-Unis, aucun noir n'a pu encore pousser la porte du petit club des deux cents individus les plus riches du pays.

Désormais seul à la tête de son empire, Jay-Z continue d'appliquer les méthodes de travail de Damon Dash et ne consomme que des produits made in Jay-Z.

Une journée type ?

Après avoir dîné au Spotted Pig, son restaurant du West Village, il aime siroter une coupe de champagne Ace of Spade en compagnie des basketteurs des Nets (équipe dont il possède 1.5 % des parts) dans son club new-yorkais le 40/40. des chaussettes Stance aux pieds (il a investi dans la marque) dans ses baskets reebook S.Carter, une montre Hublot à 20 000 dollars au poignet (il l'a dessinée), il allume un cigare Cohiba, de sa marque Comador. La fumée se mélange aux effluves de Gold, son parfum. En voyage, le rappeur demande toujours dans sa chambre d'hôtel quelques bouteilles d'Ace of Spade, mais qu'on ne s'avise pas de les rajouter à sa note. [TMZ, le 2/11/2015]. Quand sa femme Beyoncé accouche de leur fille Blue Ivy, il s'empresse de déposer son nom pour une ligne de vêtements pour bébés.

En somme, Jay-Z ne rate jamais aucune occasion de gagner de l'argent. En 2012, il a même profité d'«Occupy Wall Street» pour sortir une ligne de T-shirt Rocawear avec le slogan du mouvement. (22 dollars pièce). En 2013, il a revendu ses parts dans les Nets (qui perdaient de la valeur) pour créer une agence de managements de sportifs, Roc Nation Sports : «Je veux vraiment aider ces sportifs, explique-t-il. En fait je le fais déjà : ils viennent tous au 40/40, où  je leur donne des conseils depuis des années. Savez-vous combien de sportifs font faillite trois ans après avoir arrêté de jouer ? Je veux les aider à garder cet argent. Après tout, je sais comment gérer un budget : J'étais dealer !». 

En 1997, dans A million and One Questions, Jay-Z rappait :

They call me Jay-Hova / On m'appelle Jay-Hova
cause the flow is religious / parce que mon flow est religieux
and ever since I was 16
I was holding digits / Je tiens mes comptes depuis que j'ai 16 ans
I'm seeing this industry clearer / Je vois cette industrie plus clairement
as if I had coke in the trunk / comme si j'avais de la coke dans le coffre
and cops in the rear mirror. / et des flics dans le rétroviseur.

Avec Jay-Z, rien n'est gratuit !

Pour arrondir ses fins de mois, Jay-Z a flairé un nouveau business : 

Il se lance aujourd'hui dans le juteux commerce du cannabis en Californie, où son usage récréatif est légal.  Pointant le «potentiel du cannabis», il dit vouloir «créer quelque chose de formidable, s'amuser en le faisant, faire le bien et accompagner les gens». 

«Tout ce que je fais, je le fais correctement et avec un degré d'exigence élevé», affirme Jay-Z.

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