Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

DESTINS DE STARS : Michael Jackson derrière le masque - Célébrités - Lieux célèbres - Personnages historiques. Actualité.

Création Records : les bureaux du vice. (1)

Création Records : les bureaux du vice. (1)

Creation Records est un label de musique britannique indépendant fondé par Alan McGee et qui a duré de 1983 à 1999. Le nom du label fait référence à un groupe des années 1960 nommé The Creation dont Alan McGee est fan. Les finances du label ont connu de nombreux hauts et bas, si bien que, dans les années 1990, Création est contraint à un partenariat avec la major Sony, compromettant son statut de label indépendant. 

Mais Creation a grandement accompagné les groupes phares du rock indépendant, ce qui lui vaut aujourd'hui encore un prestige certain......selon Wikipedia. 

Avez-vous déjà travaillé dans un bureau où le patron convoque régulièrement tous ses salariés pour faire la fête à l'acide, sous peine d'être virés ? 

Anita Heryet, qui travaillait à la réception de Création Records (le label d'Oasis et de Primal Scream), se souvient, des flammes plein les yeux, de cette expérience professionnelle difficilement racontable sur un CV : «Tous les téléphones étaient connectés, il suffisait d'appuyer sur un bouton pour envoyer un message collectif sur haut-parleur. Par exemple, quand un mardi à 17 h 30, on rejoignait Alan McGee, le président du label, dans son bureau baptisé le «bunker», parce qu'il nous l'ordonnait, on s'apercevait qu'il y avait une fête complètement dingue en bas, qui durait jusqu'à 8 H 30 le lendemain. Au matin, on allait juste à l'angle, au café 39, dévorer un fry-up (le petit déjeuner typique des Anglais : des oeufs, du bacon, des haricots en sauce et des champignons), on retournait travailler à 9 H 30, et c'était reparti pour un tour. Ça arrivait très souvent, admet-elle. [À l'auteure, le 21 février 2017]. Les soirées s'enchaînaient, et ne s'achevaient jamais. «En réalité, c'est une grande fête qui a duré de 1989 à 1995» [Alan Mc Gee, creation Stories, op,cit]. La cocaïne recouvrait les bureaux. L'air avait la saveur du Jack Daniel's. Tout le monde était sous ecstasy. McGee lui-même en achetait des sacs entiers pour les distribuer à tous ses employés. «J'étais connu comme le grand évangéliste de l'ecstasy» se targue-t-il. 

Mais qui est ce patron psychopathe qui convoque ses employés pour faire la fête ? 

Un petit bonhomme affable, chauve, entièrement vêtu de noir, de petites lunettes de soleil rectangulaires posées sur le nez, McGee ne dément pas les propos de son ancienne standardiste. Il en rajoute même : «j'organisais des soirées acide house dans mon bureau. Je prenais mon téléphone et disais à tout le monde : «Il y a une fête à la cave, arrêtez ce que vous faites et descendez !». Et tout le monde venait. C'était l'endroit le plus cool du monde pour travailler. Tellement décalé ! Les employés vivaient certainement le meilleur moment de leur existence».  Ceux qui ne descendaient pas à l'appel de McGee (et c'était rare) se faisaient immédiatement excommunier : «J'arrêtais de leur parler jusqu'à ce qu'il partent» 

McGee nous fait visiter (virtuellement)  ses locaux de Hackney, à l'est de Londres, dans lesquels il a installé son label en 1989 : «En haut, il y avait la réception. En bas, un dédale de couloirs menait à la cave : un grand espace que nous avons transformé en bureau pour Dick, Tim et moi. On l'a appelé «le bunker». De mon côté, le mur était couvert de photos de top models comme Kate Moss et helena Christensen. Avec le recul, c'était super sexiste, j'avoue....Du côté de Tim Abbott, c'était plutôt des photos d'émeutes en prison, de mutilations et de gens abattus au Brésil. Seul le mur de Dick Green avait l'air d'appartenir à un bureau, avec ses graphiques et ses dates de sorties épinglés derrière lui. Quand les gens venaient nous interviewer, ils hallucinaient....Le bunker avait des fenêtres, mais nous gardions les volets soigneusement fermés, pour qu'on ne puisse plus distinguer le jour de la nuit». 

Anita Heryet était fascinée : «C'était dingue. Nos locaux se situaient au-dessus d'un atelier de couture clandestin. L'immeuble était très délabré. Il y avait des couloirs partout, comme dans un labyrinthe. Dans les escaliers, la moquette était élimée». -[À l'auteure, le 21 février 2017] - «Architecturalement, c'était comme si quelqu'un avait repris un immeuble abandonné et y avait installé des bureaux» confirme McGee. - [À l'auteure, le 4/11/2016] - «On était comme une petite famille : on passait du temps ensemble, on s'entraidait, on faisait la fête, mais on travaillait aussi beaucoup....Heureusement, les murs ne sentaient pas trop l'alcool. Il devait y avoir une quinzaine d'employés. Parfois, la fête commençait à la réception (parce que c'était la pièce la plus grande) , puis se déplaçait de bureau en bureau. On buvait du Jack Daniel's mélangé à du Coca ou du champagne. On ne peut survivre à ça qu'à 20 ans !» raconte-t-elle. 

En engendrant Creation Records, Alan McGee a su rendre au rock'n'roll sa fureur d'antan. L'année où il fonde son petit label indépendant, il est mal vu d'écouter quoi que ce soit datant d'avant 1976. Nous sommes en 1983. Le temps du punk est passé et la mode est aux textes candides, incarnés par des chanteurs androgynes vêtus de sweat-shirts pastels bien repassés. Culture Club, Billy Joel ou UB40 et leurs mélodies synthétiques et sautillantes tiennent le haut du pavé des charts anglais. Mais Alan McGee va très vite décoiffer ces sages idoles, en imposant ses rock stars droguées, géniales et mal élevées, dans les bacs et sur la couverture des magazines spécialisés. Car cet Écossais se cache derrière Oasis, The Jesus and Mary Chain, Primal Scream, My Blood Valentine, The Libertines, et tous ces groupes qui firent renaître de ses cendres le rock britannique. 

Alan McGee

Pourtant, rien ne disposait ce petit homme de 23 ans, pâle, mince et roux, à régner en mauvais génie sur les transistors britanniques. Né le 29 septembre 1960, il grandit à Glasgow, dans un milieu ouvrier. Ado, il écoute (sans surprise) David Bowie, pour qui il développe une obsession presque charnelle, au grand dam de son père, qui commence à le tabasser si fort qu'il finit à l'hôpital, le crâne ouvert. 

À 14 ans, il a plus ou moins arrêté l'école. il est seul, déprimé et terrorisé par ce père ultra-violent. «Je me sentais totalement nul et impuissant. Je voulais m'échapper, mais je n'avais nulle part où aller» [Alan McGee, Creation Stories). Son enfance l'aurait rendu «ergoteur, hédoniste, autodestructeur, provocateur et parfois très méchant». C'est sa rencontre avec les futurs membres de Primal Scream qui changera sa vie. «Bobby Gillespie est mon plus vieux et meilleur ami», confiera-t-il.

À 16 ans, Alan devient apprenti électricien et fait ses valises pour Londres. Là, il vivote dans un squat à Clapham et travaille comme employé de bureau dans les chemins de fer, avant d'épouser sa toute première petite amie. S'il joue dans des groupes de rock alternatif corrects, ils se révèle surtout comme un excellent organisateur de concerts. «J'étais un homme très nerveux» se souvient-il. Alors, en juin 1983, dans une petite pièce située au-dessus d'un pub de Camden, il crée un club : Le Linving Room. Il y programme des groupes de rock indés, comme les Television Personalities, The Pastels et les Jasmine Minks. Des centaines de gens se pressent dans l'espace bouillant, sombre et exigu. Avec Joe Foster (membre fondateur des TV Personalities), ils utilisent les profits générés par le club pour créer un label appelé «Creation», en hommage au groupe psyché-pop des années 60 éponyme. Leur esprit punk associé à ces influences pop et psychédéliques fait la singularité de leur minuscule label. Avec les artistes, aucun contrat écrit n'est signé : un poignée de main et un partage des profits à 50/50 suffisent. 

Allan et Joe enregistrent ainsi les meilleurs groupes du Living Room. Et c'est avec les Jesus and Mary Chain qu'ils passent directement au rang de légendes. En effet, les guitares saturées des frères Reid et l'extraordinaire violence de leurs mini concerts de 10 minutes, pendant lesquels ils détruisent leur matériel et jouent dos au public, provoquent des émeutes. 

Cette brutalité, voilà ce qui fait grimper Alan McGee aux rideaux et lui arrache des rires tonitruants. «Je voulais toujours être celui qui s'amuse le plus dans la pièce». Persuadé que les groupes les plus excessifs font la meilleure musique, il veut que ses musiciens soient sulfureux. Il les aime mal élevés, en retard, dysfonctionnels et défoncés (comme lui). Les scènes anglaises n'avaient pas tremblé ainsi depuis les Sex Pistols. Le public enrage, les concerts affichent complets. 

Jesus and Mary Chain

En mars 1985, quand les Jesus and Mary Chain sont invités à «The Old Grey Whistle test» (une émission de télé culte, diffusée sur la BBC Two), les producteurs programment le groupe à 11 heures du matin pour éviter qu'ils ne soient saouls. C'est leur première apparition télé. «J'ai pris ça pour un challenge», raconte McGee. Les membres du groupe sont très nerveux, alors pour les décoincer, il les réveille à 6 heures du matin et leur fait avaler des bières jusqu'à 7. Quand ils entrent sur le plateau de télévision, ils sont parfaitement ronds. «Ils étaient au top : en conflit, les retours poussés au max, chacun d'entre eux avait l'air du parfait hors-la-loi du rock'n'roll». Sur scène, Jim Reid (le chanteur), vêtu de noir comme à son habitude, peine à tenir le micro. Il finit pas le jeter par terre avec sa guitare, à la fin du morceau, le sombre et envoûtant In A Hole.....

«Jim était presque autiste, a révélé laurence Verfaillie, son ex petite amie, sur le ton de la confidence. Un jour, on a croisé dans la rue Kevin Shields, chanteur du groupe My Bloody Valentine, un grand timide lui aussi. Les deux étaient mortifiés. Ils ne savaient plus où regarder, hésitaient à changer de trottoir....C'était trop drôle ! », se souvient, hilare, cette grande brune française, qui vit toujours à Londres. Attablée au-dessus de Borought Market, le marché le plus chic de la ville, elle reprend une gorgée de vin rouge et poursuit : «Alan McGee adorait la controverse. Il mettait de l'huile sur le feu, racontait à la presse que le groupe prenait des amphétamines. Les Mary Chain étaient hyper introvertis et ils devaient toujours boire et prendre un peu de drogue pour parvenir à monter sur scène. Mais Alan exagérait toujours tout, pour la publicité...».  (À l'auteure, le 17 décembre 2017). 

En fait, le modèle de McGee était Malcom McLaren, l'excentrique manager des Sex Pistols,  un manipulateur autoproclamé des médias, qui distillait une odeur de soufre autour du groupe punk. «J'essayais d'écrire l'histoire du rock'n'roll. Je me nourrissais de l'attention que je recevais» explique Alan McGee. 

A suivre....

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :