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DESTINS DE STARS : Michael Jackson derrière le masque - Célébrités - Lieux célèbres - Personnages historiques. Actualité.

Creation Records : Les bureaux du vice - (2)

Creation Records : Les bureaux du vice - (2)

Quand le label loue ses premiers bureaux au nord de Londres, à Clerkenwell (juste en dessous de Factory Records), en août 1985, la situation dégénère totalement. Joe Foster arrivait au bureau à 16 heures et commençait la journée au speed. «Il était très efficace après ça», se souvient McGee. [À l'auteure, le 17 décembre 2017]. Sauf que ça le rendait aussi paranoïaque et psychotique....Un jour, Joe a tellement énervé Alan McGee que ce dernier a essayé de l'assommer avec une bouteille. «Certains pensent que je suis encore plus fou que Joe : ça fait peur. J'espère qu'ils ont tort». se contente-t-il de commenter. Les bureaux étaient minuscules, et chaque mètre carré était occupé par des musiciens allongés par terre, complètement défoncés dans leurs pantalons de cuir noir, aux pieds de Jeff Barrett qui essayait d'écrire les communiqués de presse. 

«L'humour noir, le sarcasme et la pure méchanceté est un réquisit pour quiconque veut traîner avec nous, assume McGee. La première règle du rock'n'roll, c'est de s'amuser !» L'enregistrement du premier album de Primal Scream en 1986 dans la campagne galloise était aussi chaotique. Les membres du groupe, installés aux studios Rockfield, au fin fond du Pays de Galles, sont devenus fous. Après avoir vandalisé le studio, ils se sont barricadés dans un des cottages avec des matelas, en menaçant chaque personne qui voulait entrer de les asperger d'eau bouillante. Ils n'en sont sortis qu'à la fin de la journée. Mais ce n'étaient pas les pires. «De manière générale, les enfants de militaires deviennent complètement dingues quand ils prennent des drogues» a pu constater Alan McGee en travaillant avec Pete Doherty mais aussi avec Guy Chadwick, chanteur de House of Love. En 1988, en pleine tournée européenne, celui-ci «a pété les plombs, déchiré tous ses vêtements, saccagé la loge, titillant Pete Evans [son batteur] jusqu'à ce qu'il le pourchasse en essayant de le tuer». 

Quand Alan McGee installe son bunker et son système téléphonique maléfique à Hackney, au cours de l'été 1989, la situation empire. Ce n'était pourtant pas le but. À l'époque, l'endroit n'a rien à voir avec le quartier branché et bobo qu'il est maintenant. «ça craignait. Il n'y avait pas de métro. Je savais que si nous emménagions ici, les groupes seraient trop paresseux ou trop effrayés pour passer», explique McGee. Enfin, c'est ce qu'il croyait. Car désormais, quand les artistes ont rendez-vous au label, ils repartent deux jours après : les bureaux de Hackney sont immédiatement devenus le théâtre des plus grosses fêtes de Londres. À la soirée d'ouverture, ils firent découvrir l'ecstasy aux journalistes de NME, et à Guy Chadwick qui se mettait nu à chaque fois qu'il en prenait (et il avalait jusqu'à neuf pilules d'ecstasy avant de monter sur scène....). C'est une drogue qui donne envie de danser, mais sur un dancefloor, Alan n'est pas vraiment John Travolta. «Imaginez une autruche qui boite ! » décrit-il. Lui qui entre-temps, s'est séparé de sa femme, passe directement des clubs au label, et ne se lave plus. «J'allais en boite, je revenais au bureau avec une vingtaine de personnes et on faisait la fête pendant quelques jours», raconte-t-il. C'est Guy Chadwick qui finit par lui suggérer de prendre un bain, suffoqué par son odeur, dans la proximité d'une banquette de taxi. «J'étais un être dissolu», avoue Alan McGee, l'air amusé. Pourtant n'imaginez pas des orgies non plus. Sous l'influence de la musique électronique et de l’ecstasy, qui plonge ses adeptes dans une bulle euphorique mais individuelle, le rock'n'roll des années 80 était moins sexe que celui des années 70. «Tout le label était complètement défoncé et pourtant on arrivait à accomplir des choses, c'était assez invraisemblable...., s'étonne McGee. «On buvait excessivement, mais la drogue donne de l'énergie, donc on travaillait beaucoup. Surtout que nous ne prenions que des drogues stimulantes : ecstasy, cocaïne...Mais pas d'héroïne. En 1991-1992, les dealers mettaient de l'héroïne dans les lots d'ecstasy pour rendre les jeunes accros. Chaque fois que j'ai essayé, je me suis écroulé dans un fauteuil, la langue pendante. Heureusement, ça s'est arrêté là».

Bobby Gillespie

En fait, l'ecstasy a eu une énorme influence sur le label. «Cette drogue rend très émotif» poursuit Alan, qui se revoit danser «comme une autruche», en larmes, sur un remix du club Spectrum, en 1989. C'est aussi lui qui a donné son premier cachet de «E» à Bobby Gillespie, son ami d'enfance et chanteur de Primal Scream. «Quatre mois plus tard, il était accro à l'acide house et écrivait Screeamadelica», raconte Alan.  

Screamadelica est le troisième et le plus bel album du groupe. Un son unique, psychédélique, dansant et planant à la fois, qui marie le rock, la pop et l'électro de Manchester. C'est aussi l'album qui les fera percer. Avec ses 3 millions d'exemplaires vendus (un chiffre exceptionnel pour un label indépendant), il gagnera même un Mercury Prize, alternative pointue aux Brit Awards. 

«Si j'ai postulé chez Creation, raconte Anita Heryet, c'est parce que j'adorais Primal Scream. Ils étaient à l'époque leur plus grand groupe. C'était le label le plus cool du moment. Tout le monde admirait Alan McGee». [À l'auteure, le 21/2/2017]

Hormis Alan, président du label, personne n'avait vraiment de titre dans la boite. «On embauchait toujours les gens pour leur personnalité plutôt que pour leur expérience» explique McGee. 

En réalité, tout le monde se droguait et picolait dans l'industrie de la musique, mais personne ne le faisait aussi ouvertement qu'à Creation. «Les groupes signaient avec nous parce qu'ils me comprenaient, affirme McGee. Nous étions honnêtes et nous étions généreux. Nous les payions toujours en retard, je le reconnais, des années de retard, mais nous les payions toujours». 

En septembre 1992, Creation est au bord de la faillite et Alan doit vendre 49 % de ses parts à Sony, pour 2.5 millions de livres. Ce deal sauve le label, mais le tue aussi. Alan McGee passe d'1 gramme de coke à 7 par jour. Après avoir gagné leur Mercury Prize, Primal Scream et quelques employés de Creation vont fêter ça chez Tim Abbott, au nord de Londres. «Là sur la table, il y avait un pyramide de cocaïne de la taille d'un château de sable et tout le monde se servait à la petite cuillère avant de se la mettre dans le nez», se souvient Alan. Cette nuit là, ils sont tellement défoncés qu'ils perdent le prix et le chèque de 25 000 livres sterling du Mercury Prize. Le lendemain, ils sont un peu embêtés, mais l'esprit rock'n'roll «va te faire foutre, on se comporte mal» prévaut. D'ailleurs à cette époque, Alan est tellement je-m'en foutiste qu'il ne pousse même plus les groupes à finir leurs albums : «Viens me voir quand tu en as terminé un, c'était ma nouvelle philosophie», explique-t-il. 

Oasis

De 1993, McGee n'a qu'un souvenir : signer Oasis sur Creation. Alan perçoit le génie des groupes avant tout le monde. S'il n'avait pas découvert les frères Gallagher après les avoir vu jouer dans un minuscule club de Glasgow, ils seraient probablement encore en train de faire des concerts dans les bars de leur Manchester natal. Leur premier album Definetly Maybe s'est vendu à 7 millions d'exemplaires. Alan n'en a même pas profité : «J'ai su que j'allais mal quand, seul à la maison, je me servais un double whisky avec du Coca»,  confesse-t-il gêné.  Après quelques crises de panique liées au mélange de drogues et de médicaments, Alan fait enfin une cure de désintoxication.

«Alan est très charismatique, confie Laurence Verfaillie, l'ex-attachée de presse du label. Un seul de ses coups de téléphone pouvait me donner la pêche. C'est l'homme le plus important de ma vie, avec mon père. Mais pour moi, ça s'est fini quand il a signé avec Sony. Il était plus souvent dans les boites de Manchester qu'à Londres. Je me suis mal adaptée. Les bureaux étaient devenus un repère de cocaïnomanes, ça a complètement changé l'ambiance. L'ecstasy ouvre des portes, mais la coke, c'est une drogue macho, compétitive, agressive......J'étais malheureuse, alors Alan m'a demandé de partir, juste après avoir signé Oasis. Il m'avait appelée en sortant de leur concert en me disant qu'il avait trouvé le plus grand groupe de rock'n'roll du monde. Mais moi je n'avais plus la foi. La descente a été dure...Je me suis rendu compte que tous ceux qui me ciraient les pompes quand j'étais à Creation ne voulaient plus me connaître quand je n'y étais plus». [À l'auteure, le 17/12/2017] 

Alan McGee

En février 1994, Alan a arrêté la drogue. Il l'a remplacée par de l'alcool pendant un temps, puis a cessé de boire complètement en 2004. «Je suis un libertarien, je ne juge pas les gens qui se droguent, mais à 56 ans, ce n'est plus très seyant, admet-il volontiers. La vie rock'n'roll....C'est pour les jeunes. Maintenant je suis juste heureux de m'occuper de ma fille de 16 ans, qui trouve qu'Oasis et la drogue, c'est totalement ringard». [À l'auteure, le 4/11/2016]

«Je n'ai pas trop apprécié la gueule de bois de neuf mois, mais je ne regrette pas les sept ans de fête», Aujourd'hui, il vit avec sa famille dans une belle maison en pleine campagne, au Pays de Galles. Il se laisse même pousser la barbe en attendant la sortie du biopic sur sa vie, écrit par Irvine Welsh, le scénariste de Trainspotting. «On étaient des gamins, on avait 29 ans, quand je pense à tout ce qu'on a accompli, j'ai du mal à y croire, je ne crois pas que nos groupes auraient fait les mêmes albums s'ils n'étaient pas bordeline. Ce sont des chefs-d'oeuvre psychédéliques, des albums extrêmes. Ceux qui les ont fait repoussaient leurs limites». 

Primerose Hill

En avril 1995, après sa détox, Alan a déménagé les bureaux dans le très chic quartier de Primerose Hill. Anita Heryet s'en souvient aussi : «Le bureau était un grand open space qu'on partageait avec de nouveaux employés très compétitifs, ça a changé toute la dynamique». Oh, ils avaient bien quelques coups de folie, comme apporter le single des Super Furry Animals à Radio 1 en tank. (ça me semblait parfaitement raisonnable et je leur ai donné l'agent avec plaisir, raconte McGee). Mais ce fut sa dernière facétie : le 31 janvier 2000, Alan sort le dernier album de Primal Scream, XTRMNTR (Exterminator), et ferme définitivement les portes de son bureau.

Un moyen flamboyant de dire : La fête est finie. 

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